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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/244

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a fait au projet d’adresse, et qui est ainsi conçu : « Nous représentons humblement à Votre Majesté que les différens aspects de la question fiscale ayant été entièrement discutés depuis près de deux ans, le moment est venu de soumettre sans retard cette question à la nation. » Rien de plus clair : M. Asquith demande la dissolution. Il a été naturellement appuyé par sir Henry Campbell Bannerman. Naturellement aussi, M. Balfour s’est opposé à la proposition, et il a été appuyé, non seulement par M. Chamberlain, mais encore par lord Hugh Cecil dont l’intervention lui a assuré la victoire. M. Balfour a soutenu que la question n’était pas mûre comme le prétendait l’opposition, et il faut reconnaître que son discours était merveilleusement propre à justifier son assertion. Plus on écoute en effet M. Balfour, et moins on voit clair dans sa pensée, soit qu’elle soit naturellement obscure, soit qu’il la voile à dessein. On sait qu’il ne va pas aussi loin que M. Chamberlain dans le sens de la protection, mais jusqu’où va-t-il ? On sait aussi que s’il est d’accord avec M. Chamberlain dans une mesure qu’il est d’ailleurs impossible de préciser, les motifs qui le déterminent sont différens de ceux auxquels obéit son ancien collègue. M. Chamberlain veut faire entre les colonies britanniques et la métropole une sorte de Pacte de famille fondé sur l’exclusion des produits étrangers, tandis que M. Balfour veut se procurer des armes défensives pour lutter contre les tendances protectionnistes des autres nations, et les ramener par ce moyen de persuasion à la saine doctrine du libre-échange. Tout cela est bien compliqué.

Il y a quelques jours encore, le vote de la Chambre sur l’amendement annoncé de M. Asquith, pouvait paraître douteux, d’abord parce qu’on ignorait quelle serait l’attitude finale de M. Chamberlain, ensuite parce qu’on croyait que celle des unionistes libre-échangistes serait hostile au ministère. Il y avait certainement quelques motifs de le croire. Les unionistes libre-échangistes s’étaient séparés de la majorité à la suite du duc de Devonshire, et il était difficile de savoir jusqu’où irait la scission. Une fois le premier pas fait en dehors de la majorité, beaucoup d’autres pouvaient suivre. Les unionistes libre-échangistes croyaient pouvoir conserver une situation intermédiaire entre les deux partis, et rester avec les conservateurs pour tout le reste, tout en votant avec les libéraux sur la question fiscale : mais qui sait si plus tard ils ne se seraient pas rapprochés davantage de ces derniers ? Cela devait dépendre de l’accueil qu’ils auraient trouvé auprès d’eux, et aussi du degré de mauvaise humeur que les conservateurs leur auraient témoigné. La logique des situations est souvent plus forte que les volontés.