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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/241

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accompagnement bien favorable. Il semble qu’en Russie, soit du côté des révolutionnaires, soit de celui du gouvernement, on reste un peu trop préoccupé des souvenirs de la Révolution française. Les analogies entre les deux situations initiales sont extrêmement superficielles ; les différences sont au contraire très profondes. La Révolution française, anarchique et violente au dedans, a d’ailleurs été victorieuse au dehors, et, loin que la guerre l’ait entravée, elle en a vécu jusqu’au jour où elle a été définitivement organisée par un général heureux. Sur ce point en particulier, il n’y a que des différences entre la France et la Russie. La France a continué la guerre pendant plus de vingt ans ; la Russie aura sans doute bientôt de bonnes raisons de faire la paix. En attendant, on en parle beaucoup dans certains journaux ; mais il semble bien que les nouvelles pacifiques viennent surtout d’une inspiration japonaise. Quoi de plus naturel ? Les Japonais ont jusqu’ici l’avantage. Ils voudraient dès maintenant, ou le plus tôt possible et sans s’exposer à des hasards nouveaux, réaliser les bénéfices de leurs victoires. N’est-ce pas ce que tout le monde ferait à leur place ? Mais les Russes, qui sont dans une position différente, raisonnent sans doute différemment. Ils ne se résigneraient à la paix immédiate que s’ils regardaient comme impossible une amélioration de leur situation militaire : or rien ne révèle chez eux un pareil sentiment, tout au contraire. Leur confiance dans le général Kouropatkine n’a peut-être plus l’élan des premiers jours, mais elle reste sérieuse et solide. L’incident Grippenberg en a été la preuve. Ce général a cru saisir la victoire dans un mouvement audacieux où il a dépassé ses instructions et qu’il n’aurait pu soutenir que s’il avait été secouru, c’est-à-dire si Kouropatkine s’était engagé à sa suite avant l’heure qu’il avait choisie et dans d’autres conditions que celles qu’il avait prévues pour la reprise des hostilités. Kouropatkine ne l’a pas fait, et, certes, il était le seul juge de ce qu’il pouvait faire. Le général Grippenberg a demandé à être relevé de son commandement, et il est rentré en Russie avec des sentimens aigris dont il a peu ménagé l’expression. L’opinion n’a pas été un seul instant hésitante : elle s’est prononcée en faveur de Kouropatkine. Les Japonais seuls auraient pu se féliciter de voir les dissentimens qui se sont produits entre les deux généraux avoir une répercussion jusqu’à Saint-Pétersbourg. Mais il n’en a rien été, et il est permis d’en conclure que le moral de la nation n’est pas aussi entamé qu’on le prétend quelquefois. Au surplus, quelles seraient aujourd’hui les conditions de la paix, si on en juge par les informations des agences ? Elles seraient aussi avantageuses aux Japonais que s’ils