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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/230

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le voir. C’était jusqu’à ces derniers temps, un être de raison, de nécessité. Nocard et Roux lui ont donné un commencement d’existence sensible en le cultivant sur un milieu solide approprié où il forme des colonies si populeuses et si pressées que ces entassemens finissent par devenir visibles à l’œil nu.

La méthode hypermicroscopique a transformé ces présomptions en certitude. A. Cotton et II. Mouton, au moyen de l’éclairage latéral par réflexion totale, ont montré dans la culture de péripneumonie les individus microbiens isolés, en nature. Ils se présentent sous l’aspect de corpuscules très brillans, peu mobiles par eux-mêmes, et animés seulement de trépidations assimilables au mouvement brownien.

La fièvre aphteuse fournit un second exemple de maladie à microbe invisible, ultra-microscopique. C’est une affection qui sévit épidémiquement dans les étables et qui frappe plus ou moins gravement un grand nombre de vaches. Elle se manifeste, entre autres symptômes, par la présence d’aphtes, c’est-à-dire de vésicules gorgées de liquide, à l’intérieur de la cavité buccale. Une gouttelette de la sérosité limpide extraite d’une de ces vésicules, examinée directement, traitée par les méthodes de coloration les plus variées, ne permet d’apercevoir aucun micro-organisme. Loeffler et Frosch ont ensemencé cette sérosité dans les milieux les plus divers sans y faire apparaître de micro-organismes visibles. On peut soupçonner qu’elle en contient pourtant, puisqu’elle transmet la maladie. Loeffler et Frosch ont démontré la réalité de l’existence du microbe aphteux, par voie indirecte et d’une manière élégante. Ils commencent par filtrer la sérosité aphteuse sur une bougie Berkefeld ordinaire. La filtration arrête tous les corps étrangers tels que les cellules lymphatiques et fournit un liquide transparent qui contient pourtant le principe actif de la maladie, car quelques gouttes introduites dans les veines d’un veau communiquent à cet animal une fièvre aphteuse caractérisée.

Cette liqueur filtrée une première fois et restée virulente néanmoins, les savans allemands la soumettent à une seconde filtration, mais sur une autre bougie plus fine, de texture plus serrée (bougie de Kitasato). Cette fois le principe virulent est retenu et le liquide filtré est devenu inoffensif pour les animaux. Ainsi, le principe actif et virulent traverse un premier filtre et n’en traverse pas un second à mailles plus fines : il n’est donc pas une substance liquide, soluble, car une telle substance traverserait le second filtre comme le premier :