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on la cherche et quand on l’implore. Il faut venir tout de suite, mais avec Jeanne. Il faut absolument la tirer de cette sale pension… Il faut…

Il faut, il faut, certes ! mais on ne peut rien avant la signification du jugement, et celle-ci se fait attendre. Solange va voir son enfant, la comble de caresses et de joujoux, tâche de lui faire prendre patience. Toutefois, elle doit renoncer à l’emmener à Nohant pour le 1er janvier. Elle y va seule. Triste joie, sans Nini ! Et, le matin de l’année nouvelle, sous sa porte, elle trouve, comme jadis quand elle n’avait pas été sage, un billet, — quatre vers pauvres de poésie, riches d’affection, — le vœu de la mère tendre :

Pour ma Solange en ce beau jour
J’ai retrouvé tout mon amour,
Puisqu’elle veut être bien sage ;
Pourvu qu’elle en ait le courage I

1er janvier 1855.

Pendant ce temps, Nini est souffrante. Solange retourne en hâte. Il faut la soigner, la guérir, et, sitôt la levée d’écrou accordée, la mettre hors des prises de Clésinger. L’enfant paraît se remettre, dans les premiers jours de janvier. Le 9, Solange écrit qu’elle va bien et peut reprendre ses études. Une magnifique poupée et des perles égaient sa convalescence. Le 10, George Sand adresse à sa fille une lettre lumineuse sur la situation, l’appel possible, l’hostilité tenace de Bethmont, les représailles probables de Clésinger, etc., etc., et elle se rallie à l’idée de placer l’enfant au Sacré-Cœur.

Je ne demande pas mieux, j’en serai même très contente. Ce sera un très bon précédent. Et, bien que j’aie comme soif de ravoir cette pauvre mignonne, je me consolerai d’y renoncer en sachant qu’elle est bien sous tous les rapports et fortement protégée contre tout ce que je redoute pour elle… Présente tous mes respects à ta bonne religieuse, et même à ton père spirituel. C’est quelque chose que de trouver un père, et il n’y a pas à chicaner sur des points de doctrine quand le sentiment est bon. J’aime mille fois mieux que Nini soit élevée dans la croyance à l’Immaculée Conception que dans le mépris de toutes choses, chez les dames dont Clésinger lui-même m’a raconté l’histoire fausse ou vraie. Tant il y a, qu’il méprisait la personne à qui depuis il a confié sa fille. Cela n’est pas rassurant à envisager…