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Ninis, » elle n’accepte sans sourciller son petit clystôre qu’ « à condition que les fleurs et les rubans flotteront à la seringue, et que Manceau sifflera un air pendant la manœuvre. » Elle se remet. Bientôt elle « mord dans la pomme de terre avec délices. » La voilà rétablie. Mais déjà sa mère la réclame, à la faveur d’un accord passager ; car elle a (et cela se comprend) « faim et soif de sa Nini. » George Sand lui répond :

Je garderai Nini autant que possible. La pauvre enfant ne sera jamais si tranquille et si heureuse, tant que cette lutte ne sera pas résolue. Je resterai ici le plus longtemps que je pourrai ; si je ne peux m’en charger à Paris, nous verrons alors.

Cependant il a fallu la rendre à sa mère. La séparation dicte à George Sand ces judicieuses réflexions :

Je travaille à me déshabituer de ma Ninette. Il m’en coûte beaucoup. Mais, si tu ne dois pas la garder et t’en occuper sérieusement, je ne désire pas ne l’avoir qu’en passant, pour en être brusquement séparée tout d’un coup, et la reprendre, la quitter, sans raison majeure et sérieuse. J’ai le malheur de m’attacher aux êtres dont je me charge, et je n’aime pas du tout l’imprévu. Séparée de ton mari, ayant une existence difficile et précaire, il était tout simple que Nini fût dans mon giron. Si vous êtes bien d’accord maintenant, si vous pouvez arranger votre vie pour le calme et la durée, je sais, je sens, que tu dois élever ta fille et l’élever toi-même. Il me semblait, dans l’intérêt de l’enfant, qu’il eût été sage de s’assurer de la situation avant de la reprendre. Si la réconciliation ne se soutient pas, tu vas me rapporter Nini malade, déroutée, irritée, difficile à manier. Si je la reprends alors, ce sera pour un certain temps, j’espère. Je ne veux pas d’allées et venues continuelles.

Le mieux sera de s’entendre, et de donner la preuve de ta raison et de ta sollicitude pour elle en lui consacrant toute ta vie.

George Sand voyait juste. Les lendemains de ces réconciliations étaient terribles. Il se passait alors des scènes si furibondes qu’il fallait à tout prix soustraire l’enfant à de tels spectacles. Après le danger de renvoyer Nini et de « trimballer » Nini, suivant le mot de George Sand, le danger de garder Nini, entre son père et sa mère !

Mon avis, écrit George Sand (fin août 1852), serait de la mettre dans un couvent, même sans espoir de le lui cacher [au père], mais en obtenant qu’elle y fût gardée comme dans un château fort. II n’y a que les couvens cloîtrés qui soient de véritables citadelles. Celui des Anglaises était inabordable ; et, grâce à l’étendue des jardins, j’ai vécu trois ans sans sortir, et sans en