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… Je ne sais si je dois espérer que tu reviennes faire ton mois de campagne ici. Je ne comprends rien à ce qui arrive, et je jurerais qu’on a inventé les prétendus cancans faits à ton mari. Rien n’a pu sortir d’ici, parce qu’ici autour de moi il n’y a que des gens qui me respectent, et toi par conséquent. Et puis, parce qu’il n’y a rien, rien à dire sur des promenades où je suis toujours, ou bien Varennes et autres vieux ; et encore moins sur des baignades où nous sommes tous babilles de la tête aux pieds d’une manière qu’on pourrait dire exagérée. Je comprends seulement que ton mari s’ennuie loin de toi. Je désire bien qu’il ait le courage de te laisser revenir ; mais, s’il ne l’a pas, je ne te demande pas d’insister, car il est certain que l’affection d’un mari qu’on aime est la meilleure chose à conserver. D’ailleurs, cela ne me fâche pas, moi, et tu es sûre de me retrouver quand tu pourras revenir sans le priver et sans l’affliger… Les mamans ne sont pas jalouses, et elles savent qu’il faut céder aux maris. Je t’embrasse mille fois. (Fin juin ou début de juillet 1851.)

Ce ne fut cette fois qu’une alerte. L’ombrageux mari, radouci par l’arrivée de sa femme, écrivait à George Sand, le 22 juillet :

Ma chère mère, tout heureux de l’arrivée soudaine de Solange, je pense cependant plus à son bonheur qu’à moi-même. Je désire et vous demande de vous la ramener moi-même, car elle est bien jeune pour voyager ainsi toute seule.

Je vous remercie de cette bonne lettre que vous venez de lui écrire ; cela dédomage bien des sottises et des jalousies que le monde invente. Dès que mes affaires seront débrouillées, Solange pourra vous rejoindre, et moi je me remettrai au travail avec plus de courage que jamais.

Adieu, ma chère mère, je n’ai pas besoin de vous recommander ma petite fille, mais je vous remercie de votre tendresse pour elle. Du courage, et bien des choses à Maurice.

Le sculpteur CLESINGER.

Une ou deux semaines se passent. Nini est ramenée à sa mère, superbe de santé, sauf une égratignure à la joue. L’enfant est tombée dans un buisson de roses, et celles-ci, « jalouses de Nini, » dit George Sand, l’ont griffée. La grand’mère se sépare d’elle avec chagrin. « J’aurai un réveil triste demain eu ne la voyant pas défaire ses souliers sur mon lit. » Elle a déjà observé son caractère ; elle fait des remarques sur son régime. Mais sa fille va l’inquiéter aussitôt. Solange est malade. « Pas plus tôt de retour ici, me voilà par terre. J’ai besoin d’un régime excitant et de secousses, à cause de mon tempérament chlorotique et endormi (5 août). » On lui ordonne le cheval. Elle monte en homme, ce qui lui vaut les admonestations énergiques de sa mère. Là-dessus, fausse couche de trois mois. « Il paraît