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accomplie, la conscience religieuse reprit ses droits et la propagande confessionnelle sa force. En Iran, en Transoxiane et en Turkestan commença la lutte de la loi coranique contre l’idée nationale turque, la rivalité du Chériat et du Yassak. Timour, au XIVe siècle, assure le succès définitif de l’Islam ; il est le chevalier orthodoxe, le « combattant pour la foi ; » ses victoires et ses conquêtes sont autant de triomphes pour le Prophète ; le christianisme nestorien, comprimé entre l’Islam turc et persan et le bouddhisme chinois et mongol, achève de disparaître. La force turque devient une force musulmane ; au XVIe siècle, sa puissance d’expansion est encore telle qu’un descendant du Tchinghiz et de Timour, Bâber, conquiert l’Inde et y fonde l’empire des Grands Mogols qui a duré, non sans éclat, jusqu’à la conquête anglaise. Quant aux principautés turques des vallées du Syr et de l’Amou-Daria, elles ont été se rétrécissant sous la tyrannie bigote et fanatique des petits Khans de Khiva et de Boukhara ; elles se sont endormies dans un farouche particularisme jusqu’à l’apparition des Cosaques du grand Tsar blanc.


V

L’Europe, — on disait alors la Chrétienté, — l’Europe de saint Louis, d’Innocent IV et de Frédéric II, menacée par ce débordement de l’Asie, comprit-elle le péril, se rendit-elle compte des grands événemens qui bouleversaient le monde oriental et fit-elle effort pour se prémunir contre les suites de tout ce branle-bas ? C’est ce qu’il nous reste à nous demander. Les relations des pays méditerranéens avec l’Orient étaient alors très fréquentes : les croisés occupaient encore une partie de la Terre-Sainte et ils régnaient à Constantinople ; le commerce de Gênes et de Venise avait pris la route de la Mer-Noire et des Echelles du Levant. A Soldaia (Soudak), en Crimée, les Génois avaient des établissemens prospères : là venait aboutir le trafic qui passait par la « route de la soie. » Par Byzance, par Gênes, par Venise, les royaumes chrétiens furent informés du beau tapage que menaient, là-bas, tous ces « Tartarins. » Mais cette Asie Centrale était si loin, si loin, derrière la Pologne, derrière les Marches où guerroyaient les Teutoniques, derrière toutes les Russies ; il fallait, pour y parvenir, voyager durant tant de mois et traverser tant de royaumes, que la Chrétienté ne se sentait pas