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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/164

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seulement que les princes Baïdar et Kaïdou viennent écraser à Liegnitz, en Silésie, les Polonais, les chevaliers teutoniques, les Allemands des Marches de l’Est, tandis que Souboutaï, descendant dans les plaines de Hongrie, supprime l’armée hongroise, en une seule bataille, sur les bords du Sayo, affluent de la Theïss, et poursuit le roi Bela par-delà le Danube jusqu’à Spalato, sur l’Adriatique. C’est en 1246 que commencent les campagnes qui aboutissent à la conquête de la Chine du Sud, de la Chine chinoise des Song, et que les Mongols s’avancent jusqu’au Tonkin et tentent, sans y réussir, de débarquer au Japon. Enfin, c’est en 1258 seulement que Houlagou détruit le royaume des « Assassins » et met fin à l’existence du khalifat de Bagdad. Ainsi, l’empire mongol survit à son fondateur ; il n’est pas seulement la poussée formidable d’un peuple entraîné par le génie d’un homme ; il est une fondation puissante, qui repose sur un principe d’unité et sur un système de gouvernement. Sur quelles assises l’Empereur Inflexible construisit son édifice grandiose, et pourquoi cette force prodigieuse s’énerva, au XIVe siècle, et se disloqua, c’est ce qu’il nous reste à expliquer.


III

Les grands créateurs d’empire ont tous été, dans le monde, les représentans d’une idée. Elle se forme et se précise : l’empire naît ; elle triomphe : l’empire atteint son apogée ; elle perd sa force active : l’empire se disloque. La puissance mongole au XIIIe siècle repose sur le nationalisme turc ou, comme nous dirions aujourd’hui, sur le panmongolisme et, si le mot existait, sur le panturcisme. Réunir sous une seule domination toutes les branches éparses de la famille turque, reconstituer sur de plus larges assises l’ancien empire de Mokan, revendiquer toutes les terres appartenant ou ayant appartenu à un peuple turc, tel a été d’abord le programme de Témoudjine ; puis, peu à peu, sa pensée s’est précisée et s’est élargie à mesure que se, développaient les résultats de sa politique : sur le fondement solide de la communauté de race, il a voulu constituer un Etat centralisé, avec une administration uniforme, une même loi et un même droit. Par l’éclat de ses triomphes, par la fermeté de son vouloir, le Tchinghiz Khan a eu cette gloire si rare d’éveiller chez un peuple le sentiment national, de créer un patriotisme, de donner aux instincts