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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/161

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qu’il prononça, ce jour-là, sur la colline de Deligoun-Bouldak : « Ce peuple qui s’est fait inséparable de ma personne, ce peuple qui, d’un cœur égal, acceptant joies et douleurs, a donné ce grand corps à ma forte pensée.., ce peuple, pur comme le cristal de roche, qui, parmi tous les dangers, a fait rayonner sa loyauté jusqu’au but de mes efforts, je veux qu’il s’appelle les Mongols bleus ; au-dessus de tout ce qui se meut sur terre, qu’il grandisse et s’élève ! »

Relever l’empire turc, c’était déclarer la guerre à la Chine du Nord [1]. Le Tchinghiz Khan le savait, il s’y était préparé et il se lança d’un cœur joyeux dans une aventure d’autant plus périlleuse que la dynastie des Niu-tchi, qui régnait sur la Chine du Nord, était d’origine mandchoue et avait à son service des bandes redoutables de mercenaires turcs et thibétains. La guerre dura vingt-quatre ans, tant la résistance fut acharnée ; mais, dès les premières campagnes, l’issue de la lutte n’était plus douteuse : les temps étaient venus où aucune armée au monde ne pourrait résister au choc des troupes mongoles et à la stratégie supérieure de leurs généraux, où toute puissance terrestre devrait frapper le sol du front devant la majesté du Tchinghiz Khan, Force du Ciel. Par-delà les Pamir et les passages de Pe-Lou et de Nan-Lou, l’Empire des Turcs Kara-Khitaï, héritiers des Seldjoucides, qui s’étendait jusqu’aux Marches de l’Inde, de l’Afghanistan et de la Transoxiane et, plus loin encore, la puissante nation musulmane des Turcs Kankli, dont le roi Mehemed le Batailleur, régnait sur la Transoxiane, le Kharezm [2], la Perse et l’Irak, jusqu’aux confins de la Géorgie, de l’Arménie, du pays de Roum et du Khalifat, allaient en faire la rude expérience. Cette fois, le Tchinghiz Khan marchait vers l’Ouest avec la résolution d’en finir et d’achever de rassembler sous son autorité tous les membres de la famille turque ; il arrivait, précédé de l’immense réputation, de la gloire et de la terreur qui accompagne toujours, en Asie, un conquérant de cette Chine, modèle de toutes les splendeurs, type de tous les empires : « Devant un Turc maître de la Chine, ces Turcs d’Occident sentaient la partie perdue d’avance. »

  1. La Chine était alors divisée en deux empires. Le Tchinghiz Khan était allié avec les Song, dynastie nationale du sud, contre l’empire du nord : il soudoyait en outre une Jacquerie comparable à celle des Boxeurs.
  2. Pays de Khiva.