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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/160

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Occidentaux, roi des Turcs Kéraït ; il s’empare de ses Etats, rallie toutes les tribus, depuis la Selenga jusqu’à l’Amour et depuis le Baïkal jusqu’au désert de Gobi et à la Grande Muraille ; puis, sûr de sa force, il prend franchement, en face de l’empire chinois, le protectorat des Ongout, Turcs chinoises que les Empereurs avaient préposés à la garde de l’Enceinte d’Or. Cet acte d’audace rallie à sa cause tous les chefs turcs et mongols ; « le maître, c’était ce Mongol qui bravait l’Empereur de Chine et qui promettait de maintenir envers et contre tous l’héritage des ancêtres et leur droit coutumier. En tout pays où émigraient des Turcs, Témoudjine eut des partisans au grand jour et, dans l’ombre, des agens, des espions, » grâce auxquels il organisa ce merveilleux service de renseignemens qui a été l’un des instrumens les plus perfectionnés de ses victoires. En 1208, menacé par une coalition, il s’élance vers l’Ouest, court sus aux Turcs Naïmane de l’Altaï et du Haut-Irtyche, défait et tue leur roi, les soumet ; puis il s’attaque, des deux côtés des Monts-Célestes, en Nan-Lou et en Pe-Lou, au plus redoutable de ses adversaires, Guchlug, gendre du puissant roi des Turcs Kara-Khitaï et le repousse au-delà des montagnes. Dès lors, tout le pays, depuis les Pamir et les steppes sibériennes jusqu’à la Grande Muraille, lui obéit, et il pense, comme l’avait dit notre Charlemagne, que celui qui a la puissance d’un Empereur doit en avoir le titre ; en 1206, il prend son parti, déplante les étendards et les génies tutélaires de sa famille pour les porter, de Deligoun-Bouldak, en pays Naïmane, à la vieille capitale turque, à Karakoroum. L’acte était décisif : planter ses étendards à Karakoroum, c’était relever l’ancien empire turc, c’était prendre le titre impérial ; Témoudjine franchit ce dernier pas. Avec le scrupule de légalité qui caractérise son genre particulier de despotisme, il avait d’abord réuni le Kourillaï, l’assemblée générale des Tarkhans ou possesseurs de francs-alleux, et s’était fait décerner le pouvoir impérial avec le titre de Tchinghiz Khan, « Seigneur Inflexible, Inébranlable, Absolu. » En se faisant acclamer comme Empereur par les représentans de dix-neuf peuples turcs et toungouzes et de vingt-six tribus mongoles, Témoudjine ne se décorait pas seulement d’un titre fastueux ; comme Charlemagne, il consacrait et symbolisait l’union de tous ces peuples en une seule nation : les Mongols bleus. Une légende postérieure lui prête un discours qui reproduit certainement sinon le texte, du moins l’esprit des paroles