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Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/126

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le génie pour le dénicher ou pour l’exploiter, race de hannetons qui déchiquetez les belles feuilles de l’art ! » Mais enfin, des déclarations de ce genre deviennent chaque jour de plus en plus rares. Il devient de plus en plus malaisé de prétendre que l’Histoire de la littérature anglaise exige moins d’invention qu’un acrostiche et un bout-rimé. Et le jour n’est pas loin où ces façons de concevoir la critique paraîtront aussi surannées et provoqueront autant de sourires que le jugement que nous avons cité de Voltaire sur le genre du roman.

Et cela est si vrai, la critique a si bien obtenu droit de cité dans la haute littérature, que nombre de romanciers contemporains ont débuté par la critique, et, bien loin d’avoir honte de leurs débuts, reviennent volontiers à ce genre d’études qui a commencé leur réputation. Tel est par exemple le cas de M. Bourget. de M. E. -M. de Vogué, de M. Édouard Rod, de M. Anatole France. Le premier écrit de M. Anatole France est une étude sur Alfred de Vigny, et ses nombreuses préfaces à des éditions d’auteurs français classiques ou modernes, ses feuilletons de la Vie littéraire surtout ont sans doute plus fait pour le révéler au grand public que les Noces corinthiennes et peut-être même que le Crime de Sylvestre Bonnard. M. Rod a mené presque toujours de front le roman et la critique ; et ses Etudes sur le XIXe siècle, ses Idées morales du temps présent surtout ont certainement plus contribué à attirer l’attention sur lui que Palmyre Veulard, son premier roman. Quel que soit le mérite des premiers vers et des premières nouvelles de M. Bourget, sa véritable entrée dans les lettres et dans la renommée date des Essais de psychologie contemporaine ; et ni le Disciple, ni la Terre Promise, ni Un Divorce même n’ont fait oublier aux connaisseurs ces pages d’une sincérité si passionnée et d’une pénétration si vibrante. Qu’on songe enfin à tout ce qui manquerait à l’œuvre de M. de Vogué, — et à la littérature contemporaine, — si l’admirable Roman russe n’existait pas. De tels faits, de tels exemples parlent assez haut, et prouvent surabondamment la place éminente qu’occupe la critique dans les préoccupations et dans les habitudes littéraires d’aujourd’hui.

« Ce sera un des ridicules du XIXe siècle aux yeux de la postérité qu’il ait laissé moins de livres proprement dits que de livres consacrés à rendre compte des livres. » Celui qui parle ainsi, non sans injustice peut-être, c’est un écrivain de verve et de talent