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L’ŒUVRE
DE
SAINTE-BEUVE

Il a essayé d’être romancier, et il a voulu être poète. Et l’on ne saurait dire sans injustice que son œuvre a été comme non avenue dans l’histoire du roman et de la poésie française. Mais sa véritable gloire n’est point là. Ce n’est pas, ou ce n’est guère à l’auteur de Volupté et des Pensées d’août qu’on a consacré tant de travaux récens[1] ; c’est d’un autre Sainte-Beuve que l’on vient de célébrer le centenaire. Et son œuvre à celui-là pourrait être définie d’un mot : Il a constitué la critique en dignité.


I

« La critique est la femme de chambre des Muses ; et il n’y a que les petits esprits qui courtisent la suivante, ne pouvant plaire à la maîtresse. » Ce joli mot d’un critique exprime assez bien ce qu’avant Sainte-Beuve les écrivains d’imagination et les critiques eux-mêmes pensaient de la critique, de son importance

  1. Vicomte de Spœlberch de Lovenjoul, Sainte-Beuve inconnu, Plon, 1901 ; — Table alphabétique et analytique des Premiers Lundis, Nouveaux Lundis et Portraits contemporains, Calmann-Lévy, 1903 ; — G. Michaut, Sainte-Beuve avant les « Lundis » , 1903 ; Études sur Sainte-Beuve ; Le « Livre d’amour » de Sainte-Beuve, 1904, Fontemoing ; — C. Latreille et M. Houstan, Lettres inédites de Sainte-Beuve à Collombet, Société française d’imprimerie et de librairie, 1903 ; — Léon Séché, Sainte-Beuve : son esprit, ses idées, ses mœurs, 2 vol. ; Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec M. et Mme Juste Olivier, publiée par Mme Bertrand, avec une introduction et des notes par Léon Séché, librairie du Mercure de France, 1904 ; — Le Livre d’or de Sainte-Beuve, publié à l’occasion du centenaire de sa naissance, par le Journal des Débats, Fontemoing, 1904.