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n’est pour les meilleurs élèves qu’un prétexte à apprendre par cœur des phrases de manuel et qu’il convient de se réduire à en donner les notions essentielles, à propos d’une lecture faite en classe. « Aussi peu d’histoire littéraire que possible… Bien entendu il sera toujours possible, souvent utile pour l’explication d’un texte particulier, d’ouvrir quelques percées dans l’histoire littéraire, d’avertir de certaines relations des œuvres et d’autres œuvres ; mais cela discrètement, prudemment, jamais en formules toutes faites, et plutôt sous forme d’un avertissement, d’un programme de lectures à faire. » C’est exactement ainsi que les choses se passaient dans les rhétoriques des Lemaire et des Boissier, ou plus tard des Merlet et des Maxime Gaucher.

Je pourrais prolonger cette énumération et signaler encore beaucoup de ces erreurs devenues manifestes à l’user, celle, par exemple, qui a consisté à introduire dans les classes sous forme de grammaire savante ou de critique des textes l’érudition la plus sèche et la mieux faite pour engendrer chez de jeunes esprits l’ennui et le dégoût. Tel est le bilan des réformes partielles accomplies il y a une vingtaine d’années dans l’enseignement secondaire : le grec et le latin ont reculé sans qu’on ait vu ni le français progresser, ni les langues vivantes bouger d’une ligne ; le niveau de l’enseignement littéraire s’est abaissé, sans qu’on ait vu s’élever celui de l’enseignement scientifique. En présence de ces résultats, on a pensé qu’il était urgent de procéder à une refonte totale du système d’études, et d’opérer cette fois une véritable réforme, celle qui se traduirait aussitôt par un universel bouleversement.

Cette réforme est celle qui, à l’heure actuelle, affole parens, élèves, professeurs, et les met exactement dans la situation du voyageur égaré au milieu d’une forêt et qui se trouve à un carrefour où s’entrecroisent plusieurs routes. Ces routes désignées par des lettres A, B, C, aboutissent à d’autres routes désignées par les mêmes lettres, mais dont la signification n’est plus la même. Bifurcations, trifurcations, voies parallèles, tronçons qui se raccordent, c’est le dédale. On dira que la réforme entre à peine en application ; que, pour se reconnaître dans cette confusion, peut-être suffira-t-il d’un apprentissage et d’un peu d’accoutumance : laissons faire au temps, repassons dans quelques années ! Seulement, ce qu’on commence à craindre, c’est que dans quelques années nous nu cherchions en vain la trace de l’enseignement secondaire, attendu qu’il aura cessé d’exister. Les déclarations des divers professeurs sont, à ce point de vue, des plus nettes et des plus