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remplie, le budget témoigne d’une volonté évidente de contenir les dépenses dans des limites raisonnables. Le ministère de la Guerre y figure pour 145 millions de pesetas contre 140 en 1896-97 : mais, à cette époque, un budget extraordinaire sur ressources spéciales prévoyait en outre une soixantaine de millions de dépenses d’armement. La Marine demande 30 millions, contre 24 il y a sept ans : mais, là aussi, nous avions alors un état supplémentaire de 71 millions. La grosse augmentation est celle de la Dette publique, qui demande 100 millions de plus ; il a fallu emprunter pour faire face aux frais de la guerre contre les Etats-Unis, et accepter l’héritage partiel de la dette cubaine, aujourd’hui transformée en dette espagnole. Les contributions directes donnent 120 millions, les indirectes 34 millions, les monopoles et services exploités par l’État 35 millions de plus, sans que ces augmentations, qui proviennent en majeure partie de la plus-value des anciens impôts et pour une fraction seulement de taxes nouvelles, pèsent sur la population

Le budget se présente donc sous un aspect favorable. Il représente par tête d’habitant une charge d’environ 45 pesetas, soit 34 francs, le tiers à peu près de ce que notre budget impose à chaque Français. Il suffira à l’Espagne d’appliquer son énergie à la solution de la question monétaire et fiduciaire, pour conquérir une situation enviable parmi les puissances européennes.


VI

Si nous consacrons quelques lignes, avant de résumer notre travail, aux Etats-Unis d’Amérique, ce n’est ni pour louer ni pour critiquer les finances de cette jeune et puissante nation, dont l’éclatante prospérité attire l’attention du monde. Tout en constatant, non sans quelque envie, l’abondance inépuisable des ressources du Trésor fédéral, il faut reconnaître que la sagesse du Congrès n’a pas toujours été aussi complète dans la gestion des deniers publics que celle de ses prédécesseurs, qui, après la grande guerre civile, restaurèrent les finances, rétablirent la circulation métallique, et amortirent en grande partie la Dette. Mais une richesse aussi luxuriante que celle de nos voisins d’outre-Atlantique supporte des épreuves qui affectent plus douloureusement les budgets hypertrophiés et les contribuables anémiés de la vieille Europe.