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système, je suppose qu’ils connaissent leurs intérêts mieux que nous, » on aurait pu lui répondre : Non certainement ! et, quand ils toucheront du doigt ou comprendront cette conséquence inévitable du système, ils le repousseront avec énergie.


Le temps de réserve est compté comme temps de travail, dit le projet de loi à son article 1er § 5. C’est là une troisième exagération injustifiable. Sur divers points d’une ligne sont placées des machines destinées à porter secours à celles qui viennent à s’avarier. Ce sont parfois des machines spéciales confiées à des mécaniciens plus ou moins fatigués et n’assurant que cette circulation éventuelle ; mais le plus souvent la réserve est comprise dans le roulement et assurée par les machines et le personnel du service ordinaire, qui en sont momentanément distraits et y sont reversés une fois leur période de réserve terminée. Dans l’un et l’autre cas, ce service de secours éventuel est essentiellement doux et des journées entières se passent sans que le secours soit demandé, le travail se bornant alors à quelques manœuvres de gare. En vertu de l’arrêté ministériel actuel, la durée des manœuvres exécutées pendant le temps de réserve est seule intégralement comptée comme travail ; le reste du temps de réserve est compté comme travail pour un quart de sa durée. C’est beaucoup déjà ; cependant, chaque degré de juridiction amène sa surenchère : le Sénat propose de le compter pour le tiers de sa durée ; la commission du travail de la Chambre, allant plus loin, proposait de compter comme travail les deux premières heures de réserve et la moitié du surplus ; le projet voté par la Chambre, enfin, compte comme travail la totalité du temps de réserve.

Il est vraiment impossible de le comprendre : le mécanicien de réserve est à disposition et peut être appelé d’un moment à l’autre, c’est vrai, mais, en somme, il se repose, et ce serait vraiment pousser à l’absurde l’exagération que d’assimiler à un travail ce repos, toujours partiel, souvent complet, et d’ouvrir au mécanicien le droit à une période de repos, absolu cette fois, au sortir de cette période de far-niente relatif, tout comme s’il l’avait en réalité consacrée entièrement au travail. Et cela au nom de la sécurité publique !