Page:Revue des Deux Mondes - 1902 - tome 10.djvu/502

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

ses aides de camp. » Le même jour, 8 octobre, il scella, par un traité en forme, signé à Paris, avec Markof, le nouvel ambassadeur d’Alexandre, la paix qui, en fait, était rétablie depuis plusieurs mois avec la Russie. Il admit Alexandre à partager, au moins pour le prestige, l’arbitrage de l’Allemagne ; il lui concéda l’évacuation de Naples « dès que le sort de l’Egypte serait décidé ; » mais, sur l’article du Piémont, il ne voulut entendre parler d’aucune restitution : une indemnité à étudier, « à l’amiable et de gré à gré, » tout au plus. Comme Markof faisait observer que toute l’Europe s’opposerait à cette usurpation, il s’attira cette réplique : « Eh bien ! qu’elle vienne le reprendre ! »


IV

La nouvelle des préliminaires fut accueillie à Londres avec les éclats d’une joie exubérante. C’en était fait des cauchemars de l’invasion ! L’Angleterre allait pouvoir dormir en sécurité, se réveiller sans frisson à l’annonce possible d’un débarquement de Bonaparte. Les affaires allaient reprendre. Le marché français paierait aux produits anglais une prime qui vaudrait toutes les plus fortes contributions de guerre. « Notre commerce, écrivait lord Minto, alors ambassadeur à Vienne, va pénétrer jusqu’en France même et fleurir à Paris. » Enfin, c’était Paris même qui se rouvrait aux ennuyés et aux curieux, l’Italie aux affamés de soleil, à la tribu errante des mélancoliques qui se mouraient de spleen en leurs châteaux embrumés. Tous les oiseaux captifs au pays du brouillard secouaient leurs ailes humides et se disposaient à prendre leur vol vers les régions de joie et de clarté.

Lorsqu’un des aides de camp de Bonaparte, le colonel Lauriston, arriva, porteur des ratifications, l’enthousiasme tourna au délire. La foule détela les chevaux, traîna la voiture, aux cris de : Vive Bonaparte ! Les Anglais s’écrasaient sur le passage pourvoir, en son brillant uniforme, cet officier républicain qui tenait de si près au grand homme, pacificateur de la France et du monde. Mais, les chevaux de Lauriston conduits à l’écurie, son carrosse sous la remise, les marchands de la Cité retournés à leurs comptoirs, les politiques à leurs clubs et à leurs gazettes, le contenu des préliminaires commença de transpirer. « C’est une paix dont