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le scrutin, et cette fois l’incorporation de la réforme dans le budget a été votée à une voix de majorité. On voit à combien peu de chose tiennent nos destinées.

Ce vote a produit quelque trouble dans les régions ministérielles. Pour faire passer plus facilement le principe de l’impôt sur le revenu, ses adeptes avaient décidé de se borner pour cette année à la suppression de l’impôt des portes et fenêtres. M. le ministre des Finances est venu démontrer à la commission qu’ainsi réduite la réforme produisait un résultat tout contraire à celui qu’on en attendait. En effet, la plupart du temps, l’impôt des portes et fenêtres, lorsqu’il n’atteint pas un chiffre élevé, est payé par les propriétaires. Le résultat aurait donc été de dégrever les propriétaires, qui cesseraient naturellement de payer un impôt supprimé, et de grever en échange les locataires, qui, lorsque leur revenu dépasserait 1 250 francs, devraient acquitter l’impôt global et progressif. L’argument était topique ; on ne s’y est pourtant pas arrêté. En vain M. Caillaux a-t-il dit qu’on devait aboutir et qu’on aboutirait à des conséquences semblables, illogiques et antidémocratiques, toutes les fois qu’on voudrait réaliser la réforme par morceaux et par tranches. En vain a-t-il déclaré qu’il fallait aborder et résoudre le problème dans son ensemble. En vain a-t-il répété que le gouvernement était prêt à y aider la Chambre : n’avait-il pas lui-même déposé un projet d’impôt global et progressif ? Rien n’y a fait ; la commission a persisté dans la voie où elle était entrée. Peu importe, au surplus. La discussion est inévitable devant la Chambre, elle est nécessaire ; et, qu’elle s’ouvre d’une façon ou d’une autre, avec telle ou telle attitude de la part de la commission du budget, le vote final n’en sera pas sensiblement influencé. On entendra le gouvernement : il répétera sans doute ce qu’il a dit devant la commission, et nous souhaitons qu’il ait gain de cause, laissant toutefois à nos lecteurs le soin d’apprécier si ce langage est bien celui qui conviendrait en pareille occurrence. Le gouvernement est une fois de plus victime de la situation où il s’est placé. Il se déclare partisan de l’impôt sur le revenu, et il ne l’est pas : s’il l’avait été et s’il avait fermement voulu réaliser la réforme, il aurait tenu la main à ce qu’elle fût mise à l’ordre du jour. On ne nous ôtera pas de l’esprit qu’une des raisons, car il y en a eu de diverses sortes, pour lesquelles il a imaginé la loi sur les associations est que la discussion de cette loi le dispensait d’en aborder d’autres qui le gênaient encore davantage. L’impôt sur le revenu est du nombre de celles qu’il aimait mieux ajourner indéfiniment. Il va la faire ajourner encore, mais en disant