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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/828

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REVUE DES DEUX MONDES.

Le soir, M. Winterhalder me demande si je vois quelque inconvénient à faire venir le canon italien pour essayer d’abattre les pans de mur derrière lesquels s’abritent les Chinois, en face du blockhaus, au sud de la rue des Légations. Nous demandons le canon, en même temps que nous perçons une ouverture dans le mur de notre légation, entre le portique et la chapelle. Par cette ouverture, sept coups de canon sont tirés ; mais les projectiles passent, sans produire grand effet, à travers ces ruines trop peu résistantes, et n’amènent pas d’autre résultat apparent que celui d’exciter nos ennemis, qui, furieux, commencent une fusillade qui dure jusqu’à minuit. Peu à peu, leur colère tombe et le calme renaît ; nous renvoyons à la légation d’Angleterre le canon italien.

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11 juillet. — Dix-huit pillards viennent encore se faire prendre à la barricade de la ruelle ; on les fusille. Deux seulement sont interrogés et ne font que confirmer les renseignemens fournis par les premiers prisonniers. Ils ne peuvent ou ne veulent nous donner aucune indication précise sur les troupes européennes ou japonaises.

Un obus a fait un trou dans le toit du Salon bleu ; en perçant le plafond de ce salon, je parviens sur le faux grenier, d’où je peux voir les Chinois et observer leurs mouvemens. Ils sont très fortement retranchés dans les ruines, et entourés comme nous de barricades garnies de meurtrières. Il semble qu’ils craignent d’être attaqués ; à voir et à étudier les précautions qu’ils ont prises, on croirait que ce sont eux les assiégés. Je me rends compte, mieux que jamais, que vouloir les chasser de leurs positions serait folie pure et je m’explique les insuccès de tous ceux qui, jusqu’à ce jour, ont tenté de sortir et de les attaquer. MM. Merghelinck et Pelliot montent pour regarder ; ils sont très nombreux ; on ne voit guère que les têtes ; les plus éloignés sont à 150 ou 200 mètres. Bientôt, sans signal, tous s’agitent, déposent leur pipe ou leur tasse de thé, prennent les armes et les chargent. Il n’est pas douteux qu’une attaque se prépare. Nous descendons en toute hâte pour prévenir partout, et recommander aux matelots d’être prêts.

Je me rends avec Pesqueur et les factionnaires du Hall dans la maison Saussine. L’attaque a lieu en effet, mais toujours dans les mêmes conditions, c’est-à-dire sans tentative d’assaut.