Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/821

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
815
LA DÉFENSE DE LA LÉGATION DE FRANCE.

Toute la journée, en revanche, les canons ne cessent de lancer leurs obus un peu dans toutes les directions. L’Hôtel de Pékin est particulièrement éprouvé.

Sur la muraille, les Chinois de Tsien-Men s’avancent contre les Américains et construisent une barricade assez près de la leur. M. Chamot construit dans la rue des Légations une double barricade pour relier la porte de son hôtel à celle de la légation d’Allemagne qui est en face.

Sir Claude Macdonald a observé la nuit dernière des signaux électriques qu’il considère comme incontestablement faits par les troupes européennes. Il n’a aucun doute à ce sujet, et se montre très catégorique. Ce sont les signaux qui avaient été transportés dans le Sud-Afrique par le Terrible, aujourd’hui en rade de Takou, et qui auraient servi pour Ladysmith. Sir Claude, sachant que le transport de ces signaux représente à peu près les mêmes difficultés que celui d’un canon, en conclut, comme de ses autres informations, que c’est un gros corps d’armée qui avance. Il était hier, à dix heures et demie du soir, d’après ses évaluations, à quarante-huit heures au maximum de Pékin, dans la direction du sud-est, et peut être attendu, au plus tard, dans la journée d’après-demain.

Naturellement nous rapprochons ces faits d’autres auxquels nous n’avions prêté tout d’abord aucune attention : les mouvemens de nos ennemis, le calme de la journée, les coups de canon tirés au loin, etc., etc. Et puis, le ministre d’Angleterre est réellement trop affirmatif pour qu’il nous soit permis de douter. D’ailleurs, il faut bien que ces troupes finissent par arriver ! Nous ne pouvons pas admettre que l’Europe, l’Amérique et le Japon nous laissent massacrer sans faire un pas pour nous sauver ! Il ne faut pas un mois pour amener un corps d’armée des rives du Japon ou des frontières de la Mandchourie ! etc., etc. Ce serait folie que de chercher à répéter toutes les excellentes raisons que l’on trouve subitement pour se convaincre que sir Claude Macdonald a dit vrai.

Nous apprenons néanmoins avec plaisir que les Américains ont enlevé à la baïonnette la barricade que les Chinois avaient eu l’audace d’élever en face de la leur. Les Russes ont pris part à cette opération dans laquelle, malheureusement, deux marins ont été tués, et le capitaine blessé.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·