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REVUE DES DEUX MONDES.

Dans la journée, le Dr Matignon a reçu sur la cuisse une balle morte qui n’amène qu’une légère contusion.

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26 juin. — La matinée est assez calme. Les troupes chinoises paraissent avoir abandonné leurs positions ; on ne voit et on n’entend plus rien. Un grand nombre de soldats remontent dans le nord, chargés de colis provenant des ruines de la Douane et de la légation d’Autriche. Ordre est donné de ne pas faire feu ; nous sommes, au fond, trop heureux de les voir se retirer. Quand cet exode paraît terminé, M. de Rosthorn, M. Winterhalder et quelques matelots autrichiens vont jusqu’aux ruines de leur légation ; ils ne rencontrent aucun fusil ennemi, et reviennent après avoir constaté que tout était pillé et brûlé.

Dans la rue de la Douane, près de notre barricade, une maison assez importante n’a pas été entièrement détruite par les flammes ; j’y fais mettre le feu.

Pas un coup de fusil ! Pas un cri de « Châ-châ ! » Quel contraste avec le vacarme des jours derniers ! Nos ennemis renoncent décidément à nous occire, et nous nous reprenons plus que jamais à espérer. Néanmoins nous sommes étonnés de ne recevoir aucune communication officielle du Tsung-Li-Yamen, ni aucune nouvelle de la colonne Seymour. Pas un des nombreux courriers chinois (chrétiens) qui ont été expédiés n’est revenu, malgré les promesses faites à ceux qui nous rapporteraient le moindre renseignement ! Chamot a fait descendre dans la ville chinoise, au moyen d’une corde, un garçon d’écurie auquel il promet 5 000 taëls[1] s’il revient porteur d’une lettre de sa sœur, qui habite Tien-tsin.

Les coups de canon dans le sud, entendus encore la nuit dernière, donnent lieu à mille conjectures, qui toutes n’aboutissent qu’à augmenter notre énervement. Si ce sont les Chinois qui se battent entre eux, il faut espérer que leurs dissensions nous sauveront. Plus généralement on croit à une grande bataille entre les Célestes et les Européens, aux environs de Tong-Tcheou.

En attendant une solution qui ne saurait tarder, les matelots autrichiens et français prennent un peu de repos. Ils ont été jusqu’alors admirables de courage et d’entrain ; mais, si cette lutte se prolongeait, il serait à craindre qu’une trop grande tension

  1. 20 000 francs.