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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/808

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REVUE DES DEUX MONDES.

Je laisse à Tien-tsin, pour garder le consulat général, 25 hommes du Descartes sous les ordres de M. l’enseigne de vaisseau Douguet, et à trois heures et demie je conduis le reste du détachement à la gare.

Le train qui nous emmène contient :

75 Français,
75 Russes,
75 Anglais,
60 Américains,
40 Italiens,
30 Japonais.

Je fais prendre aux matelots tout ce qu’ils peuvent porter de cartouches sans être gênés, et il est convenu que M. du Chaylard nous enverra demain le matériel laissé dans le chaland : vivres, hamacs, sacs et munitions. — Il est d’ailleurs impossible de faire autrement si nous voulons partir de suite.

Pendant les trois heures que dure le voyage, nous n’avons à lutter que contre la chaleur et la poussière ; heureusement, Herber, que sa jeunesse appelle de droit aux fonctions de chef de gamelle, a eu soin de glisser sous les banquettes quelques bouteilles de bière. Heureusement aussi, les officiers russes, non moins prévoyans, sont venus nous rejoindre avec des paniers de champagne et d’eau gazeuse.

La conversation assez animée a pour sujet les Boxeurs et leurs exploits.

Une question se pose : les portes de Pékin sont généralement fermées à sept heures du soir ; le gouvernement chinois donnera-t-il l’ordre de les laisser ouvertes pour nous ? Si l’entrée nous est refusée, que ferons-nous sous ces murailles hautes de 17 mètres et épaisses d’autant, sans artillerie, sans échelles ? Et puis, la seule idée de vouloir entrer de force dans Pékin avec notre poignée d’hommes n’est-elle pas une folie ? Beaucoup pensent que si ; mais le colonel de Vogack paraît tellement peu douter du succès qu’il finit par nous persuader que cette idée est toute simple et toute naturelle. Avec un tel chef on peut, en effet, j’en suis persuadé, aller très loin, et faire de grandes choses.

À quelques kilomètres de la capitale, nous apercevons enfin des preuves de l’existence des Boxeurs : la gare de Feng-taï brûlée ou démolie. Heureusement la voie n’est pas détruite ; nous franchissons ces ruines et atteignons sans encombre la