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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/807

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LA DÉFENSE DE LA LÉGATION DE FRANCE.

qui sort de sa poche. Ces deux éloquens gestes sont compris.

Nous approchons. Soudain, une sonnerie de clairon retentit, puis une seconde, et une troisième. Les instrumens s’appellent, se répondent ; leurs notes assourdies, ouatées de brume, sautent d’un fort à l’autre. Mais le remorqueur vole, et notre émotion dure peu ; nous voici à l’embouchure même de la rivière, entre les deux forts qui la défendent et qu’une petite encablure sépare l’un de l’autre. Nous passons ; les canons sont derrière nous ; encore quelques secondes et nous serons à l’abri de leurs coups. C’est fait ! Et maintenant, en haut tout le monde, et en route pour Tien-tsin !

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Sur les quais, nous trouvons notre consul général, M. du Chaylard, dont la première pensée est de nous emmener déjeuner. Nous laissons donc le matériel dans le chaland, et la colonne gagne le quartier des consulats dans l’ordre suivant :

Le colonel de Vogack et son escorte de cosaques ;
Une musique chinoise ;
Les Français ;
Les Russes ;
Les Italiens.

Les enfans qui se jettent dans nos jambes pour mieux nous voir, et dans celles des musiciens pour mieux les entendre, les jeunes filles qui nous escortent à bicyclette, les toilettes fraîches, claires, gaies, que nous croisons ou qui nous suivent, tout a un tel air de fête, que nous commençons à nous demander ce qu’il y a de vrai dans cette histoire de « Boxeurs. » Nous pouvons croire que nous allons à une revue ; mais il est difficile de nous faire admettre que nous courons au secours de personnes menacées d’être égorgées.

Au consulat général, tout est prêt pour nous recevoir, et les matelots en particulier ne manquent de rien. Je ne saurais trop, à ce sujet, insister sur le zèle, l’inépuisable bonté, le dévouement et l’amabilité de M. du Chaylard.

Cependant, une dépêche de M. le ministre de France à Pékin arrive au moment même où nous allions nous mettre à table. Les renforts sont attendus là-bas avec impatience. Après entente entre les consuls d’Angleterre, de France et de Russie, il est décidé que nous partirons le soir même, à quatre heures, par train spécial.