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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/682

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REVUE DES DEUX MONDES.

En 1581, Matthieu Ricci posa le pied sur la terre de Chine et fit lui-même œuvre d’apôtre jusqu’en 1610, œuvre qui fut continuée, sur les bases qu’il avait établies, par la vaillante cohorte des premiers jésuites pendant plus d’un siècle. Ceux-ci firent merveille, et on les trouve partout accueillis, même à la Cour où plusieurs devinrent précepteurs, amis ou conseillers des premiers empereurs de cette dynastie. C’était un apostolat ouvert et grandiose. Ils avaient fait certaines concessions à l’usage chinois et admettaient chez leurs néophytes la pratique du culte des ancêtres et de Confucius. Malheureusement, une discussion dogmatique s’éleva entre eux et de nouveaux apôtres, et, en 1703, c’est-à-dire cent vingt-deux ans après l’arrivée de Ricci, Clément XI trancha la question en donnant tort aux Jésuites d’avoir permis ce culte à leurs néophytes : cette sentence infirmait tous les résultats acquis jusque-là. Ceux qui, dans la partie pensante et influente de la nation, s’intéressaient aux missions, y compris l’Empereur Kouanghsi lui-même, s’en indignèrent, et, sur un tollé universel des lettrés en 1723, l’exercice du culte catholique fut interdit dans toute la Chine : l’ère de la lutte et des persécutions commençait.

Depuis lors, la philosophie chrétienne a vieilli de deux siècles : quelle issue voit-elle à cette situation embarrassée que nous venons de constater ? Aujourd’hui la Chine s’oriente : elle arrive au tournant du chemin ; et le temps presse, car dorénavant on est en droit de se demander si la Chine forte sera toujours la Chine à demi tolérante qu’elle est encore aujourd’hui.


A. T. Piry.

Pékin, 16 mars 1901.