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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/667

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LE PEUPLE CHINOIS ET LA RÉFORME.

d’une civilisation toujours florissante bien que vieille comme le monde ; la chrétienté se découvrait une sœur en humanité qui avait accompli toute sa croissance dans l’isolement et atteint son plein développement sans l’aide et dans l’ignorance absolue de ses autres sœurs. La Chine avait eu ses Sages deux mille ans avant l’ère chrétienne, Sages dont les enseignemens, éclairés par le grand philosophe qui les avait recueillis, commentés et développés six siècles avant le Christ, étaient demeurés pour la race une règle universelle et immuable. Ce philosophe, Confucius, avait parlé presque comme le Christ, mais en restant humain, rien qu’humain, car il se dérobait à la recherche des destinées futures, et, un jour qu’on l’interrogeait sur l’avenir, il répondit simplement qu’il n’avait pas eu le temps d’y songer. La loi morale, chez ce peuple, bien qu’établie dans l’ignorance d’une vie future et strictement limitée à la loi naturelle et la conscience, avait atteint une perfection remarquable. Son histoire écrite remontait à plus de trois mille ans ; sa littérature était d’une richesse inouïe ; c’était le peuple le plus vieux, et c’eût été probablement le plus grand peuple de la terre s’il avait eu le flambeau de la révélation pour se guider. Malheureusement, il était païen ; il avait le grand tort surtout de s’être fait un culte du respect des ancêtres et de son grand philosophe, et de croire inconsciemment aux esprits et aux diables ; de là, des superstitions innocentes, mais païennes. La vertu nationale et maîtresse était la piété filiale, et comme conséquence, son gouvernement, ses lois, ses institutions émanaient du principe patriarcal ou familial.

L’empereur était le père du peuple, de par la volonté du Ciel, — une puissance supérieure vague, qu’on sentait, à laquelle on rendait même un culte, mais qu’on n’avait pu définir, — et les mandarins, ses représentans, étaient à leur tour, suivant l’expression populaire, « les père et mère » de leurs administrés. Et ce peuple paraissait aux bons Pères jésuites de ce temps-là si parfait, et, par ses principes de morale, si rapproché de nous, nations chrétiennes, que, malgré son idolâtrie pour ses lares et ses ancêtres, ils cherchèrent le moyen d’amener toute cette humanité dans le giron de l’Église en entrant dans la voie des concessions et en lui inculquant les principes du christianisme sans presque toucher à ses règles de morale, à ses coutumes, à ses institutions. Si les Pères dominicains, par jalousie, dit-on, ne