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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/666

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REVUE DES DEUX MONDES.

On a beaucoup écrit récemment sur la Chine, — pays encore à peine entr’ouvert, pays à surprises s’il en fut jamais. Quelle impression se dégage donc de nos lectures récentes sur les conditions normales, le tempérament réel, et l’état général actuel de ce milieu ? Tout est confus et sombre en ce moment, nous avons lu des contes d’horreur, l’indignation est à son comble. Mais, puisqu’il n’y a plus péril en la demeure, revenons au plus vite à des aperçus calmes qui seuls peuvent nous permettre de rester pratiques et justes, comme il est nécessaire de l’être pour voir clair et agir sagement. Les faits et les observations qu’on nous présente sur ce peuple tombent au milieu de vues et de considérations surtout politiques. Rappelons-nous, pour commencer, que, depuis une soixantaine d’années que les rapports commerciaux se sont définitivement établis, nous ne nous sommes occupés de la Chine en Europe que lorsque, par l’effet d’une irritation passagère, elle nous paraissait se fâcher, ce qui ne pouvait assurément nous prédisposer en sa faveur ; et, maintenant que, dans un accès de rage que nous nous expliquons mal, elle vient de nous montrer un fort vilain côté de sa nature, bien pire que tout ce que nous pouvions imaginer en ce genre, elle n’est pas loin de nous inspirer de l’effroi. Mais sommes-nous dans le vrai ? Ce problème chinois dont tout le monde parle, en connaît-on bien tous les facteurs ? Pour arriver à les connaître, est-il besoin de le dire, il faut laisser de côté, pour un moment, toute prévention, et, s’armant de philosophie, regarder avec sérénité, ou même, s’il est possible, quelque fraternité chrétienne, cette masse humaine, le plus colossal des peuples, qui parle de se conformer à de meilleures méthodes et ne demande plus qu’à nous emprunter ce que nous avons de meilleur que lui, afin de nous ressembler. Il n’y a qu’un moyen sûr, c’est de voir ce peuple chez lui, tel qu’il était avant qu’intervinssent ces influences étrangères et fâcheuses qui l’ont irrité et rendu farouche. Voyons-le d’abord tel que l’ont découvert les Pères jésuites, il y a trois siècles.

I

Bien que, comme expression géographique, la Chine fût connue en Europe depuis de longs siècles, les Jésuites sont les premiers qui nous aient parlé en détail de son peuple, et leur récit est merveilleux. Ils nous annoncent une grande nation douée