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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/602

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de l’Europe sont bien faites pour nous engager à se promener… Portez-vous aux Champs-Elysées ; même foule, même élégance et plus de variété. Les équipages brillans qui vont au Bois ou qui reviennent occupent agréablement les yeux et prêtent à la conversation par les mille et mille anecdotes répétées sur ceux qui les possèdent. La nuit vient, vous détournez la tête, et vous apercevez l’Elysée-Bourbon dont l’illumination se place entre le dernier éclat du jour et la pâle clarté de la lune. Vous approchez, une symphonie se fait entendre et fixe un instant votre imagination. Etes-vous curieux d’entrer ? Il n’en coûte que 15 sols ou 75 centimes. Un plaisir aussi bon marché ne peut être un véritable plaisir ; vous continuez votre route. Dans le lointain, sur votre gauche, une nouvelle illumination brille à travers les arbres ; c’est Idalie. Il y a trop loin, vous irez un autre jour. Revenons, mais qui vous arrête ? La foule, à chaque arbre des Champs-Elysées. Qu’est-ce ? Ici un piano, là une harpe, à côté une guitare, plus loin un concert tout entier… Vous arrêterez-vous à la place qu’on appelait Louis XV et qui a perdu son nom sans avoir pu en trouver un qui contente tout le monde ? Encore une illumination et un écriteau, lisez : Corazza, glacier. Il faudrait monter, vous êtes las, prenez les boulevards. Que de monde ! Allez, allez toujours, bientôt vous en trouverez davantage… Voyez quelle richesse, quelle clarté, quelle fraîcheur, combien de jolies femmes qui ne se ressemblent pas, de jeunes gens qui se ressemblent tous… ; le luxe, la nature, le jour, la nuit, les femmes, les filles, le vice, la décence, tout est confondu… » Voilà Paris.


IV

Sous le ciel des Alpes, ciel variable, tantôt chargé de neige et tantôt tourmenté d’orages, l’armée de réserve commençait son mouvement. Comme nos troupes d’Italie avaient fléchi sur l’Apennin et que Masséna avait dû s’enfermer dans Gênes, il importait de les secourir au plus vite, et Bonaparte avait décidé de donner en Italie « à plein collier [1], » par le chemin le plus court, mais le plus difficile et le plus affreux, par la route

  1. Corresp., 4729.