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vriers, — à l’exception de ceux de Montceau, bien entendu, — n’avaient pas attaché grand intérêt au référendum. Dans certaines régions minières, ils avaient complètement négligé de voter, rien n’ayant d’ailleurs été préparé pour organiser le scrutin. Faut-il attribuer leur attitude à l’indifférence, ou à une réserve qui avait des causes réfléchies ? Suivant les Ueux, suivant les personnes, il y a eu tantôt l’un et tantôt l’autre de ces sentimens. Peut-être l’indifférence a-t-elle été le plus général ; mais la réserve et l’abstention volontaires ont eu aussi leur large part dans la journée du 28 avril. A Montceau, par exemple, où tous les ouvriers du syndicat rouge ont voté pour la grève comme un seul homme, les ouvriers du syndicat jaune n’ont pas voté contre ; ils ont préféré ne pas voter du tout. Pourquoi ? Évidemment parce qu’Us étaient résolus à ne pas s’inchner devant la majorité, si elle s’opposait àleur volonté de travailler. Le droit au travail est pour eux le droit de vivre et de faire vivre leurs familles : rien ne saurait les obliger à y renoncer. Ils en sont restés à cette belle parole de M. Waldeck-Rousseau, que le droit d’un seul ouvrier qui veut travailler est égal à celui de tous les autres qui ne le veulent pas. Dès lors, l’abstention s’imposait à eux en bonne logique. Prendre part au référendum aurait été en reconnaître l’autorité, et c’est ce qu’ils refusaient de faire, aimant mieux garder entières leur indépendance et leur liberté. Combien d’autres ouvriers en France ont raisonné de la même manière, on n’en peut rien savoir ; mais peut-être ont-ils été fort nombreux. Vouloir leur imposer le respect du référendum et de la résolution qui risquait d’en sortir était aller au devant d’un échec certain. Les chefs et les meneurs du parti socialiste n’ont pas voulu s’y exposer. Et, quand bien même ils auraient désiré la grève générale aussi fortement qu’ils la repoussaient, ils auraient eu encore un autre motif de ne pas se compromettre en la proclamant. Depuis seize ans qu’elle existe, la loi sur les syndicats professionnels n’a pas produit complètement les effets qu’on en attendait. Il s’en faut de beaucoup que tous les ouvriers aient vu, dans le droit et dans le moyen qu’elle leur donnait de s’organiser en syndicats, le bienfait dont on avait prétendu les gratifier. Beaucoup d’entre eux, la majorité même, ont refusé jusqu’ici de se laisser affilier à un syndicat : c’est même pour ce motif que M. Millerand a fait des décrets et déposé un projet de loi destinés à exercer sur eux un Compelle intrare extrêmement énergique, en les plaçant dans l’alternative de n’être rien, de n’être comptés pour rien, ou d’accepter le joug syndical.

Mais la loi n’est pas encore votée. En attendant, quelle est la si-