Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/351

Cette page n’a pas encore été corrigée


versa pompeusement les fleurs de sa rhétorique ; il se plut à établir entre eux une sorte de comparaison et de parallèle. La publication de son discours fut un peu retardée, afin que le texte parût dans les journaux la veille même du jour où les consuls prendraient possession des Tuileries ; il importait que la commémoration de Washington précédât immédiatement l’apothéose de Bonaparte et semblât se confondre avec elle.

Le 30 pluviôse était la date fixée pour l’installation aux Tuileries. Les consuls s’y rendraient depuis le Luxembourg en grande pompe, suivis d’un nombreux personnel. Lebrun logerait avec Bonaparte au château, mais Cambacérès, prévoyant que le Premier Consul ne s’accommoderait pas longtemps d’un voisinage, avait voulu s’épargner un nouveau déménagement en se faisant réserver, aux abords du palais, un confortable et luxueux hôtel. Lorsqu’il s’agit de régler l’aspect du cortège et le cérémonial, on s’aperçut que bien des choses manquaient. Les consuls s’étaient fixé un costume, bleu pour les jours ordinaires et rouge vif pour la tenue d’apparat ; les ministres seraient en velours bleu, agrémenté de broderies, les conseillers d’Etat en bleu et or ; mais où trouver des équipages pour les voiturer convenablement ? Lefebvre proposait que tout le monde s’en allât à cheval, militairement [1] ; Bonaparte recula devant l’idée par trop ridicule d’une cavalcade de ministres et de conseillers d’Etat, et puis il tenait à bien manifester le caractère civil de sa magistrature. Il possédait d’ailleurs une très belle voiture, une voiture de gala, et un attelage de six chevaux blancs, présens que l’Empereur lui avait faits après la paix de Campo-Formio. Les consuls se placeraient tous trois dans la voiture, Bonaparte et Cambacérès dans le fond, Lebrun sur le devant ; pour compléter la suite des équipages, on recourut à des véhicules de location.

Au jour dit, le cortège sortit du Luxembourg à une heure, tandis que le canon tonnait. « La pompe n’avait rien de remarquable [2] » a écrit Cambacérès ; tout s’y ressentait de l’époque confuse, tourmentée et misérable d’où l’on sortait à peine. L’équipage consulaire resplendissait ; les ministres figuraient dans leur voiture, mais en avant le Conseil d’Etat avait dû s’entasser dans des fiacres, dont on avait recouvert les numéros avec des bandes de papier. Le luxe et la beauté de la marche, c’était

  1. Éclaircissemens inédits de Cambacérès.
  2. Ibid.