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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/33

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refus. Beaucoup d’entre eux hésitaient à venir, ù s’inscrire, dans la crainte qu’en cas de nouvelle secousse, une liste de noms ne devînt une liste de proscription ; leurs appréhensions ne témoignaient pas d’une confiance bien ferme dans la stabilité du gouvernement. Pour les rassurer, pour les attirer au vote, il fallut promettre que les registres seraient brûlés.

Les troupes votèrent à part. Le général Lefebvre les réunit au Champ-de-Mars et expédia militairement les choses. Après une série d’évolutions et une petite guerre, l’acte fut lu devant les rangs, afin que chacun pût se prononcer librement ; après quoi, le brave général débita une allocution fougueuse et, dans un mouvement d’éloquence par trop naïve, s’écria : « Jurons tous de défendre le nouveau pacte constitutionnel. Quant à ceux qui le repousseraient, jurons tous d’exterminer ces factieux ! » et les soldats votèrent au commandement. La harangue de Lefebvre fut remaniée pour la publicité officielle. Parmi la population civile, il apparut très vite qu’à côté de quelques oppositions notables, à côté de quelques refus vivement motivés et parfois injurieux, la presque-unanimité des votans acquiesçait, Bonaparte, voulant à tout prix sortir du provisoire, s’appuya aussitôt sur l’adhésion de Paris pour préjuger celle de la France ; le 1er nivôse-22 décembre, il fit décréter par les commissions législatives la mise en vigueur immédiate de la constitution. Dans une proclamation très simple, dont il fournit lui-même le canevas, les trois consuls définitifs s’annoncèrent premiers magistrats de la République et chefs du peuple. Au frontispice de son gouvernement, Bonaparte plaçait ces mots : ordre, justice, stabilité et force, et celui-ci d’abord : modération. Il avait mis cette phrase dans sa dictée : « La modération est la base de la morale et la première vertu de l’homme… Sans elle, il peut bien exister une faction, mais jamais un gouvernement national. »

Les Parisiens continuaient de voter sur la constitution avec plus de docilité que d’enthousiasme. Ce qui ravit et enchanta, ce furent les actes dont Bonaparte l’enveloppa en quelque sorte pour la présenter aux Français : actes de réparation et de magnificence, pacificateurs et stimulans, glorifiant le patriotisme et le courage, brisant en même temps les tables de proscription. Se sentant plus fort, plus maître de ses décisions, il inaugure hardiment l’ère de la splendeur et de la réconciliation nationales.

Dans les premiers jours, qu’on se figure l’impression d’un