Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/32

Cette page n’a pas encore été corrigée


devenus brumairiens, les membres des Anciens, les membres ralliés des Cinq-Cents, tous représentant plus ou moins les intérêts, la tradition, l’esprit et l’exclusivisme révolutionnaires. Bonaparte laissait se cantonner en face de lui cette oligarchie discréditée ; il la laissait s’installer sur les positions législatives et s’y retrancher ; il ne lui déplaisait point que des hommes odieux à la nation lui fussent opposés et que les assemblées avec lesquelles il aurait à compter naquissent impopulaires. Quand ces alliés d’hier, adversaires de demain, adversaires latens ou déclarés, essaieront de réprimer l’essor de son ambition, quand ils s’efforceront moins encore de borner son pouvoir que de rétrécir sa politique, le peuple lui donnera raison contre eux.

Adoptée solennellement, le 22 frimaire-13 décembre, par les commissions législatives, insérée au Moniteur, la constitution devait être soumise à l’acceptation des citoyens, à la sanction plébiscitaire. Comme elle créait Bonaparte Premier Consul pour dix ans et désignait en même temps ses deux collègues, le plébiscite porterait à la fois sur des institutions et sur des personnes, chose qui ne s’était encore jamais vue. Les auteurs de l’organisation nouvelle, en présentant à la nation des choix tout arrêtés et soustraits à la discussion de ses mandataires, en faisant de Bonaparte partie intégrante de la constitution, aboutissaient à introduire dans nos mœurs politiques le plébiscite ratificateur d’un nom, sans saisir l’importance de cette innovation, qui devait porter si profondément dans l’avenir. L’acceptation ne faisait pas doute, mais les amis de Bonaparte craignaient un peu la torpeur et l’inertie des masses. Depuis six ans, le peuple avait ratifié les constitutions les plus diverses, sans que le nombre des votans eût jamais égalé celui des abstentions. Cette fois, l’événement devait dépasser les espérances ; seulement, l’état des communications, les rigueurs de la saison, le désarroi des autorités, les troubles qui désolaient toujours plusieurs parties de la France, ne permettraient pas de recueillir et de recenser promptement les suffrages ; il faudrait proroger presque partout les délais et attendre deux mois les résultats de ce plébiscite en longueur.

A Paris, le scrutin s’ouvrit tout de suite, dans le plus grand calme. Plus d’assemblées primaires, plus de tumultueux comices ; en certains endroits désignés, ouverture d’un double registre où les citoyens étaient appelés à signer leur approbation ou leur