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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/227

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LES FUMÉES ET LES GAZ DE L’ATMOSPHÈRE.

L’équilibre présent n’est donc pas seulement un fait, il est une loi. Les mêmes causes qui l’établissent dans le présent le maintiendront dans l’avenir, comme elles l’ont assuré dans le passé.

Toutefois, cette fixité ne serait pas d’une rigueur aussi absolue que l’imagine l’opinion générale. La proportion d’oxygène de l’air varie dans un même lieu et dans une même saison d’une manière appréciable. M. Leduc fait remarquer qu’à Londres, en hiver, la proportion moyenne de l’oxygène peut descendre à 231 millièmes, et le poids du litre à 1gr,2736. C’est une variation de plus d’un dix-millième ; et, par suite, le choix de l’air atmosphérique comme étalon des densités est mal justifié.

D’ailleurs, la fixité de composition ne serait pas mieux assurée dans l’avenir qu’elle ne l’est dans le présent : elle le serait moins bien. Il y a des raisons de croire, avec M. T. L. Phipson, que l’oxygène est de formation récente à la surface du globe et que sa quantité tend toujours à augmenter. Inversement, M. Berthelot a mis en évidence les circonstances qui tendent à diminuer l’azote libre : ce sont les effluves électriques faibles qui le transforment en acide azoteux ou en azotite d’ammoniaque suivant que le milieu est sec ou humide ; c’est la fixation de l’azote dans les sols argileux et sur les racines des légumineuses, grâce à des micro-organismes spéciaux. Au total, l’azote tend à baisser tandis que l’oxygène augmente.

Quoi qu’il en soit de ce problème si intéressant, ce n’est pas sa solution qui est ici en cause. Il s’agit non pas des élémens fondamentaux, mais des gaz accessoires. Nos connaissances, à leur égard, ont fait un premier progrès important, en 1894. Depuis ce moment, lord Rayleigh et W. Ramsay ont mis en évidence, dans l’air atmosphérique, des corps nouveaux, l’argon, le krypton, le néon et le métargon, jusque-là comptés comme azote. Ce sont des élémens universels et permanens de la constitution de l’atmosphère ; et leurs proportions mêmes, si elles sont variables, doivent l’être entre des limites assez restreintes.

L’acide carbonique est dans le même cas. On en a fait des analyses innombrables ; on en fait encore tous les jours, systématiquement, et même deux fois par jour, dans les observatoires météorologiques. À Paris, on analyse quotidiennement l’air de Montsouris par comparaison avec celui du centre de la ville. Comme on devait s’y attendre, c’est celui-ci qui s’est montré plus riche en gaz carbonique. L’air des villes en contient toujours plus