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et les ors, parmi les fresques, les moulures corinthiennes et l’harmonie des étoffes à fond tendre, ils font assez gauchement apprentissage d’élégance.

Passé le boulevard, l’ancienne ville se retrouve, mais toute bouleversée et sens dessus dessous. Le Paris royal, qui se tassait sur les deux rives du fleuve, était déjà fait de contrastes, de luxe raffiné et de misère ; les contrastes se sont accentués, car la Révolution n’a fait que déplacer le luxe et augmenter la misère. Certains endroits s’embellissent. Les Tuileries sont mieux soignées qu’autrefois, avec leurs hémicycles de marbre, leurs rectangles de verdure, leur peuple de statues ; la façade du château opposée au jardin, celle qui regarde le Carrousel et l’entassement de ses constructions, reste écorniflée par les balles du 10 Août ; le bas disparaît à demi sous des plantations, car la République a voulu pudiquement masquer de verdure la demeure des rois. A l’autre bout de la ville, le Jardin des Plantes s’enrichit, auprès du Muséum créé par l’effort louable de la Révolution pour organiser la science. Mais le Luxembourg, ses parterres, ses ombrages ne sont qu’une ruine de jardin ; l’esplanade des Invalides est toute en excavations et fondrières ; le jardin du Palais-Royal est à tel point ravagé qu’il faudra le fermer pendant plusieurs mois pour le réparer. Saccagés et menaçant ruine, les monumens, sauf ceux que la Révolution s’est appropriés et où elle a installé le désordre des services publics ; saccagées, violées, découronnées de leur flèches, vidées de leurs tombeaux et de leurs statues, les innombrables églises, les abbayes puissantes, réceptacles d’art et de richesse. Certaines églises sont devenues temples : elles servent aux cérémonies décadaires, aux fêtes de la religion naturelle, tandis qu’à d’autres heures, les cultes rivaux, catholique, constitutionnel, théophilanthropique, voisinent haineusement. Celles-là mêmes ont perdu leurs trésors, et le Musée des monumens français, quai des Augustins, n’a pu que recueillir les épaves de cet immense naufrage. En revanche, le Louvre s’emplit des dépouilles de l’Italie ; là, c’est un arrivage de chefs-d’œuvre, un déballage de merveilles : l’Apollon du Belvédère, la Vénus Capitoline, le Laocoon, encore encaissés, émergeant à demi du plâtre où on les a noyés pour le voyage. Le quadrige de bronze attribué à Phidias et ravi à Venise demeure entreposé dans le jardin de l’Infante, en attendant qu’on l’attelle, sur la place des Victoires, à un char de triomphe.