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leurs yeux ces exploitations célèbres. Elles sont situées dans les régions les plus inhospitalières du Sahel Mauritanien, entre le Soudan français et le Maroc, et leur accès est défendu par les Maures nomades et les Touaregs, dont les tribus sont en luttes continuelles les unes contre les autres. Nous devons à l’obligeance de M. Coppolani qui a rempli en 1800, auprès de ces populations guerrières, nue mission dont les résultats ont été si heureux pour la pacification du Sahel, quelques renseignemens sur ces gisemens de sel.


La Sebkha-el-Khadera (le lac bleu d’azur) est située à la frontière ; septentrionale de l’Adrar Mauritanien, à la lattlude d’Arguin. C’est une dépression profonde qui occupe le centre d’une vaste région désertique. Pendant la courte saison des pluies, c’est-à-dire pendant le mois de juillet, cette cuvette est le déversoir de toutes les eaux de la région ; deux mois plus tard en octobre, elle est déjà à sec, et laisse apparaître le dépôt salin et miroitant produit par l’évaporation des eaux. L’azur du ciel s’y reflète, pendant tout le temps qu’il met à s’assécher ; de là son nom. Plus tard le sable poussé par les vents violens de ces régions recouvre ce dallage miroitant d’une couche, épaisse environ d’un demi-mètre.

Les vastes plaines du Sahel présentent un grand nombre de mares qui se comportent de même. Les eaux s’y accumulent pendant la très courte période pluviale : ce sont des eaux d’infiltration qui se sont chargées de sel en traversant les terrains salifères du voisinage. Les mares se dessèchent en un mois ou deux, et le sable, poussé par les vents, ne tarde pas à en recouvrir le fond salin. Les Maures exploitent les plus grandes de ces flaques : ils les font déblayer par leurs esclaves de traite ; ils recueillent au râteau le dépôt granuleux. Ce sel encore mélangé de terre, impur, de mauvaise qualité, est amené sur les marchés. Il vaut, en moyenne, 15 à 20 centimes le kilo.

La Sebkha-el-Khadera est l’analogue de ces mares, à l’étendue près. Sa surface est immense. On peut l’évaluer à 200 kilomètres carrés. La couche de sel qui apparaît, après déblaiement du sable, est compacte : elle forme un dallage assez régulier d’environ six à sept, centimètres d’épaisseur, sous lequel on en trouve un autre de même nature ou à peu près, puis un autre plus souillé, plus noir, et ainsi de suite sur une profondeur d’un mètre environ.