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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 octobre.


Il est un peu tard pour parler des élections anglaises : cependant nous ne pouvons pas n’en rien dire. Elles n’étaient pas encore terminées lorsque nous écrivions notre dernière chronique : mais, depuis, il s’est passé tant de choses dans le monde, soit en Europe, soit en Asie, qu’elles paraissent déjà très lointaines. Le résultat en était d’ailleurs tellement certain et prévu qu’il n’a donné lieu à aucune surprise. On savait que la majorité conservatrice reviendrait tout entière ; on se demandait seulement si elle ne serait pas accrue. Elle l’a été, mais de quatre voix, ce qui est peu. Les conservateurs ont maintenu leurs positions ; voilà tout. Ils avaient une majorité de 132 voix ; ils en ont une de 136. Leur victoire est incontestable, et il y aurait quelque puérilité à vouloir la diminuer ; mais il est bien permis de la ramener à ses proportions exactes, et de la dégager des exagérations. Essayons de le faire.

Les dernières élections avaient eu lieu, il y a cinq ans : il faut donc comparer celles d’hier à celles d’alors pour savoir si, dans l’intervalle, la confiance du pays envers les conservateurs a augmenté ou diminué. Cette comparaison est instructive. Elle montre que les conservateurs avaient, en 1895, une majorité supérieure d’une vingtaine de voix à celle d’aujourd’hui. Ils ont perdu ces voix au cours de la législature, par le fait des décès et des renouvellemens partiels qui se sont produits ; et ils ne les ont pas reconquises. Tout compte fait, les libéraux ont gagné dix sièges depuis cinq ans. Si on envisage la situation à ce point de vue, qui est le vrai, on est amené à conclure que ce parti, quelque éloigné qu’il soit encore de la victoire, n’en est pas moins en progrès ; et c’est peut-être parce que le gouvernement s’en est aperçu qu’il a pris le parti de dissoudre la Chambre avant l’heure, et