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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/98

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inconvénient. La discussion qui suit ne produit point d’objection sérieuse ; M. de Fréjus lui-même, sans opiner favorablement, se garde d’en formuler aucune, affectant de laisser à d’autres une responsabilité aussi grave. Le Roi est enfin appelé à se prononcer. Le portrait de la princesse Marie lui a été montré. Bien que les charmes de la future reine soient un objet bien secondaire en cette décision toute politique, Louis XV se sent porté à écouter les personnes qui disposent de son cœur ; il déclare dans le conseil consentir à épouser la princesse de Pologne. Le soir même, les ordres sont donnés pour le départ de l’infante, et le courrier d’Alsace emporte la lettre de M. le Duc pour le roi Stanislas.


III

La reine Marie Leczinska racontait elle-même comment elle avait appris l’événement extraordinaire de sa vie. Elle était dans une chambre de Wissembourg, occupée avec sa mère à leurs ouvrages de charité, et elles causaient des nouvelles de Pologne, qui semblaient plus décourageantes que jamais, puisque le roi Auguste venait de refuser définitivement à Stanislas toute restitution de ses biens patrimoniaux. Dans la chambre où se tenaient les deux femmes, le roi entra, le visage rayonnant d’une joie singulière et tenant une lettre à la main : « Ah ! ma fille, s’écria-t-il, tombons à genoux et remercions Dieu ! — Quoi ! mon père, seriez-vous rappelé au trône ? — Le ciel nous accorde mieux encore, dit Stanislas : vous êtes reine de France ! » Le père, la mère et la fille s’embrassèrent en pleurant et s’agenouillèrent pour recevoir, par une prière reconnaissante, la nouvelle qui mettait fin à tant de douloureuses incertitudes.

Pas un instant la princesse Marie n’hésita à accepter la grâce qui lui était envoyée et qui apportait la consolation à ceux qu’elle aimait. Son jeune cœur s’attachait déjà de toute sa force au bel adolescent royal, dont les estampes lui avaient fait connaître les traits et pour le bonheur de qui elle avait souvent prié, en retour de l’hospitalité reçue par les siens. Les sentimens de ses parens étaient sans mélange : « On étouffait de joie, » écrit Stanislas. Ce beau projet, qu’il fallait tenir secret pendant quelque temps, resserré au cercle le plus étroit de la famille, y dédommageait de bien des misères. C’était le rêve auquel rien n’a préparé, et qu’on savoure avec la seule crainte de le voir s’évanouir.