Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/96

Cette page n’a pas encore été corrigée


acceptera au contraire, par égard pour lui, le sentiment vers lequel il penche lui-même, et qui favorise une de ses propres sœurs, Mlle de Vermandois, quoique plus âgée que le Roi de huit ans. Elle réunit toutes les conditions de beauté, d’esprit et de vertu qui peuvent justifier l’honneur qu’on lui fait ; elle est de plus d’une excellente santé. Mais Mme de Prie, qui se sait détestée par la jeune fille, aide M. le Duc à réfléchir que l’opinion en France et en Europe s’indignerait d’un choix où l’on verrait le poids de sa volonté égoïste sur son jeune maître. L’Espagne, d’autre part, n’attribuerait-elle pas son humiliation à l’intérêt de la maison de Condé, et les conséquences du renvoi de l’infante ne retomberaient-elles point plus durement sur M. le Duc ? Il prévoit de tels embarras, pour une satisfaction de vanité, qu’il retire, après quelques jours, sa proposition.

Cependant le temps presse. On ne peut exposer plus longtemps le Roi au ridicule de chercher femme, et tout exige qu’une solution soit apportée aux difficultés où la France a été engagée par une imprudente impatience. Après les éliminations prononcées autour de la table du conseil ou dans le cabinet de Mme de Prie, après l’échec de la demande anglaise et l’abandon des prétentions des Condé, la liste des princesses est épuisée. On aboutit à cette constatation extraordinaire, qui condamne la légèreté de M. le Duc et n’est point pour relever son prestige : il n’y a pas en Europe de princesse que puisse épouser le roi de France.

Au milieu de ces embarras aigus, Mme de Prie reçoit à Versailles le portrait de la jeune Polonaise que M. le Duc s’est promis d’épouser. Le charme de son âge s’y trouve agréablement marqué ; on voit que la princesse Marie n’est point déplaisante et que, s’il lui manque le charme de la beauté, elle semble du moins avoir tous les autres. Pour mieux arranger sa composition, le peintre a eu l’idée de s’inspirer d’un célèbre portrait en pied de la duchesse de Bourgogne, mère de Louis XV. M. le Duc est plus frappé que personne de ce rapprochement. L’aimable modèle ne pourrait-il faire une reine de France très suffisante ? La question se pose aussitôt chez la favorite. Aucune difficulté de négociation n’est à prévoir ; la demande, restée tout à fait ignorée, qui a été faite pour le duc de Bourbon, permettra de substituer celle du Roi le plus aisément du monde.