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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/92

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mariage fait, sa situation et les avantages qui en découlent, il faut que la nouvelle duchesse n’ait point de qualités trop séduisantes ; il importe aussi qu’elle soit de naissance assez modeste pour se sentir obligée envers la dame qui l’aura désignée à un aussi haut rang.

Ce fut dans ces dispositions d’esprit qu’une conversation de salon rappela à Mme de Prie l’existence de la fille de Stanislas. Le roi de Pologne avait comme correspondant à Paris, pour ses affaires, un officier français qui avait servi jadis sous ses ordres, au temps de Charles XII, et qui allait quelquefois lui rendre visite à Wissembourg. Cet officier, le chevalier de Vauchoux, était en relations avec la veuve d’un ancien caissier de Berthelot de Pléneuf, une dame Texier, qui avait ses entrées chez Mme de Prie et qui l’y présenta un jour. Il eut occasion de parler de la petite cour polonaise, qu’il fréquentait, et du désir qu’avait Stanislas de fixer l’avenir de sa fille. Ce qu’apprit la marquise de l’éducation simple et des douces qualités de la princesse Marie retint aussitôt son attention : elle entrevit que cette alliance, fort acceptable pour son amant, pourrait le lui laisser tout entier. M. le Duc adopta le projet avec une certaine ardeur ; il pensait, peut-on croire, que le roi Stanislas n’avait pas perdu toutes ses chances de restauration, et que son gendre pouvait être appelé, le cas échéant, à recueillir ses titres à la couronne de Pologne. On fit à Wissembourg des ouvertures directes par le maréchal du Bourg. Stanislas fut prié de tenir secrètes ces premières communications ; mais ce fut une grande joie pour lui que l’établissement de sa fille pût être regardé comme assuré, et au-delà de ses espérances paternelles.

Mme de Prie avait écrit elle-même à Stanislas plusieurs lettres amicales, voulant montrer, dès le début des négociations, à quelle intervention féminine elles étaient dues. Le roi s’habituait à la considérer comme une amie, ayant trop d’intérêt à être dupe pour ne pas ignorer entièrement le rôle qu’avait à la cour cette singulière protectrice de sa fille. Il reçut même, à la fin de février 1725, un peintre de l’Académie royale envoyé par elle. Pierre Gobert, un des portraitistes à la mode, était chargé, très mystérieusement encore, de faire le portrait de la princesse Marie et de l’expédier sans retard à la marquise. Il y travailla trois semaines ; mais, quand le tableau, adressé d’abord à Strasbourg, puis transmis par la poste d’Alsace, arriva à destination,