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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/90

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est du moins assez jaloux de ses prérogatives et assez fidèle aux traditions de sa famille pour n’en rien abandonner aux prétentions rivales de la maison de Gondé, la plus rapprochée du trône après la sienne. Le hasard peut avoir mis le pouvoir suprême dans les mains d’un Condé, sans qu’il ait cessé de le regarder comme son inférieur par la naissance. La lutte de deux mères orgueilleuses, la duchesse d’Orléans et la duchesse de Bourbon, ajoute à l’hostilité entre les deux princes. La première a refusé avec hauteur la main de la sœur du ministre pour son fils et vient de lui faire épouser une princesse de Bade ; ce mariage a servi d’occasion à un redoublement de froideur et d’impertinences, et un parti de cour assez nombreux s’est empressé de rappeler que le duc d’Orléans, tant que Louis XV n’est pas marié, doit être regardé comme l’héritier présomptif de la couronne.

Le Régent a eu le mérite, au milieu de ses pires débauches, de ne jamais abandonner aux mains des femmes la politique du royaume. Il n’en va pas de même avec M. le Duc, dont les mœurs assez pitoyables font le seul point où il se plaise à continuer la tradition de Philippe d’Orléans. Il a laissé prendre à sa maîtresse, Mme de Prie, une autorité si grande sur son esprit qu’elle est devenue plus puissante dans l’Etat que le premier ministre lui-même ; et c’est une singulière figure que celle de cette femme, d’une ambition si âpre et d’une destinée si courte, qui ouvre, dès l’adolescence de Louis XV, la série des maîtresses politiques du XVIIIe siècle.

La fille d’un riche entrepreneur de vivres, Berthelot de Pléneuf, a été mariée de bonne heure, pour sa jolie taille et ses écus, au marquis de. Prie, proche parent de la duchesse de Ventadour, gouvernante du Roi. Elle a jeté son premier éclat à la cour de Turin, où son mari a soutenu, avec l’argent du mariage, une brillante ambassade. Mais la ruine est arrivée, Berthelot ayant été recherché, comme on dit, pour l’origine de sa fortune et ayant dû livrer ses biens pour sauver sa tête. La marquise de Prie, sous les grâces de sa jeunesse et la vivacité de ses yeux chinois, cache l’âme d’un roué de la Régence ; l’impiété cynique s’y mêle à une avidité sans mesure et à cette galanterie qui se passe de sensibilité. Elle a cherché, en plus d’une expérience, à retenir le cœur qui pourrait lui rendre la fortune. Le duc de Bourbon s’y est laissé prendre, ce qui est déjà pour elle une belle aventure ; mais la chance survenue de voir son amant élevé au