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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/85

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et médiocrement doué pour en soutenir les prétentions. Roi à vingt-sept ans par la volonté d’un grand capitaine, il s’est cru des titres personnels à le rester, et cette conviction orgueilleuse, qu’il s’imaginait tempérer suffisamment par l’humilité chrétienne, a pesé sur toutes les décisions de sa vie. Les chimères de son imagination le jetaient des enivremens de la vanité satisfaite aux défaillances du découragement. Honnête homme toutefois dans tous les sens du mot, d’un esprit vif et lettré, plein de qualités privées fort respectables, affectueux et bon, capable de sentir très vivement l’amitié et de l’inspirer, dévoué et chevaleresque à la polonaise et bien pourvu de bravoure, Stanislas eût bridé d’un éclat plus pur aux seconds rangs de l’histoire. Il était né, semble-t-il, pour mener avec dignité la noble existence seigneuriale de son pays, et pour remplir les tendres devoirs du père de famille, non pour l’autorité et la responsabilité d’un grand royaume. Jamais, du reste, il ne mérita mieux la sympathie que pendant son exil à Wissembourg ; l’excès de son malheur anéantissait alors ses rêveries ambitieuses, et il supportait avec résignation et courage une disgrâce cette fois imméritée.

Stanislas et sa famille habitaient une modeste maison particulière, l’hôtel de Weber. La misère qui les accablait n’avait point pour décor la pittoresque commanderie en ruines, où les historiens ont aimé à la décrire, mais elle n’en était pas moins lamentable. Aucun secours n’arrivait de Pologne, où tous les biens du banni étaient confisqués et où ses parens même l’abandonnaient ; les pierreries de la reine étaient en gage chez un prêteur ; quant à la pension du roi de France, elle ne venait pas avec exactitude, et il fallait souvent la réclamer des ministres par des lettres suppliantes et douloureuses.

Cette détresse d’argent était d’autant plus pénible à Stanislas qu’elle l’empêchait de remplir ses devoirs envers des serviteurs demeurés fidèles et qui entretenaient autour de lui l’apparence d’une vie royale. Tout espoir de restauration prochaine ayant disparu, les compagnons du banni s’étaient peu à peu dispersés ; il ne restait plus auprès de lui que cinq ou six gentilshommes, dont le vieux baron de Meszeck, qui conservait dans cette maison étrangère le titre de grand-maréchal du palais, et deux prêtres polonais, confesseurs de la reine et de la jeune princesse Marie. Un seul parent, le comte Tarlo, habitait avec Stanislas, ainsi que la mère du roi, que son âge et ses infirmités isolaient un peu de la