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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/830

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nouvelle de la bouche de Vernon, Victor-Amédée se hâtait de se tourner vers l’empereur Léopold. Par une fiction que Louis XIV tenait à prolonger aussi tard que possible, la guerre n’était déclarée qu’entre l’Empire et l’Espagne, mais point entre l’Empire et la France ni la Savoie. Aussi, le roi de France et le duc de Savoie avaient-ils conservé chacun leur ambassadeur, l’un le marquis de Villars, le futur maréchal, l’autre le marquis de Prié. A la vérité, Louis XIV, méfiant non sans raison, comme on va le voir, aurait bien voulu que Victor-Amédée rappelât le sien ; mais celui-ci répondait, non sans raison également, que ce n’était pas à lui à déclarer ainsi la guerre en retirant son ambassadeur le premier, et il profitait de la prolongation du séjour de Prié à Vienne pour s’excuser auprès de Léopold du traité qu’il venait de signer.

Depuis longtemps, Prié demandait des instructions, et s’avouait, dans une dépêche à Victor-Amédée, sommamente imbrogliato pour régler sa conduite conformément aux intentions de Son Altesse Royale [1]. Aussitôt le traité signé, Victor-Amédée lui adresse plusieurs dépêches successives dans lesquelles il le charge d’expliquer sa conduite à l’Empereur. Il allègue que la marche en avant des troupes impériales ayant fait craindre la perturbazione d’une des plus belles parties de l’Italie, il avait dû, comme un des principaux princes intéressés, en prévoir les conséquences. Il s’était vu contraint de céder à la pression du Roi Très Chrétien et d’entrer dans une ligue avec lui et Sa Majesté Catholique. Il espère que l’Empereur ne condamnera pas sa conduite, qui n’a eu d’autre objet que le bien public. Il ne lui était pas possible de garder la neutralité, car on sait combien la France est attiva, premurosa e efficace nel promovere i sui interessi. Quant au traité en lui-même, il n’assure à sa couronne aucun avantage. Aussi continue-t-il à compter sur les bonnes intentions de l’Empereur en ce qui concerne le Montferrat, ou quelque autre avantage, quand les armes de l’Empereur seront victorieuses, et quand Victor-Amédée pourra autenticare il suo inviolabile attacamento. Il espère que la généreuse protection de l’Empereur l’arrachera au sort qui l’opprime et l’établira à l’avenir in una imperturbabile unione coll’ imperiale braccio [2]. Enfin, si, par la suite, l’État de

  1. Archives de Turin, Lettere Ministri Vienna, mazzo 32. Le marquis de Prié au duc de Savoie.
  2. Ibid., mazzo 32. Victor-Amédée au marquis de Prié, 11 avril, 31 mai 1701.