Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/83

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le mariage de Marie Leczinska


I

En 1725 vivait sur terre française, à Wissembourg en Basse-Alsace, la famille d’un roi détrôné dont le nom, plus d’une fois mêle à l’histoire guerrière du commencement du siècle, semblait voué désormais au complet oubli.

Stanislas Leczinski (Leszczynski), simple palatin de Posnanie, élu roi de Pologne en 1704, grâce à l’amitié du grand Charles XII, avait partagé la fortune du héros de la Suède. Les revers de Charles avaient mis fin à ce règne, la Pologne ayant dû accepter à nouveau la royauté d’Auguste, électeur de Saxe, appuyé par les armées du tsar Pierre. Le vainqueur de Pultawa, fidèle à la fraternité des armes, ne laissait point sacrifier entièrement le compagnon qui avait conduit au service de sa gloire la vaillance polonaise. Il lui donnait à gouverner la petite principauté de Deux-Ponts, sur la rive droite du Rhin, rattachée momentanément à sa couronne. Leczinski attendait d’abord, dans cet honorable exil, l’heure où le roi de Suède et son allié pourraient rentrer en vainqueurs dans Varsovie et reprendre à l’usurpateur le sceptre des Jagellons. La mort de son protecteur ruinait bientôt ses espérances et celles du parti qui le soutenait encore en Pologne. Une prompte détresse suivait ce malheur ; il devait abandonner Deux-Ponts, réclamé par l’héritier légitime, et la sœur de Charles XII, devenue reine de Suède, cessait de lui servir sa pension. Il vivait quelque temps de secours plus ou moins déguisés et d’emprunts aux banques de Francfort. Mais son existence même n’était plus