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qu’on interceptait les télégrammes. Puisque les télégraphes sous-marins sont encore des télégraphes, pourquoi les affranchir des mesures prises dans l’intérêt universel par des règlemens internationaux qui font la police des réseaux télégraphiques sans la moindre distinction ? J’incline à penser que les chancelleries, en s’appuyant sur ces règlemens, ont trouvé le terrain d’un débat diplomatique.

Un échange de notes et d’observations ne retardera pas d’ailleurs de vingt-quatre heures le développement des réseaux télégraphiques sous-marins que les circonstances imposent à plusieurs puissances, gravement menacées dans leurs intérêts.


CONCLUSION

La conclusion, c’est qu’il faut mettre le plus tôt possible un terme à cette guerre. C’est là, je le sais, pour un titan comme M. Chamberlain, une politique de pygmée. La faute grave de ce personnage est d’avoir convaincu les Anglais qu’il leur suffit, pour escalader le ciel, de vouloir l’escalader ; mais cette faute même le porte aux nues et sa popularité centuple son ardeur belliqueuse. Pitt, Burke, Fox, Canning, se sont figuré que leur noble pays pouvait tenir un des premiers rangs, le premier peut-être dans l’univers, sans recommencer l’histoire du peuple romain. Au Secrétariat des Colonies, on voit aujourd’hui les choses de plus haut : l’Angleterre, croit-on, doit conquérir le monde ou manque à sa destinée. C’est, du moins à Birmingham, la grande politique, la seule politique. Nous répondons que la grande politique consiste, précisément à l’heure actuelle, dans un acte de justice internationale. Nous ne croyons pas faire injure à l’Angleterre en lui disant qu’elle est assez forte pour être juste. C’est l’opinion du monde entier.

Sans doute il est généralement désagréable au public anglais de s’entendre dire quelle est sur son compte à un moment quelconque l’opinion du monde ; mais rien ne lui est plus utile. Cette phrase même serait déplacée dans la bouche d’un Français : c’est pourquoi je l’emprunte au discours prononcé le 15 février devant la Chambre haute par lord Rosebery.


ARTHUR DESJARDINS.