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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/712

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mars.


Il faut dire du bien de la Chambre des députés, quand l’occasion s’en présente. La Chambre s’est aperçue tout d’un coup qu’elle gaspillait outrageusement les finances publiques, et elle a résolu, reconnaissant que la source du mal était en elle-même, d’y opposer une digue solide. Un jeune député radical-socialiste, M. André Berthelot, a fait cette découverte et a proposé cette résolution. Si une initiative aussi sage était venue d’un modéré, l’expérience prouve qu’elle aurait eu peu de chances de succès. Mais M. Berthelot appartient au parti avancé : dès lors, tout change de face. Sa proposition a été prise tout de suite en très sérieuse considération par certains de ses amis : c’étaient les seuls qu’il fallait convertir, les autres n’en avaient pas besoin. Et voilà comment M. Berthelot a eu l’honneur d’attacher son nom à une réforme que d’autres avaient consciencieusement préparée, mais inutilement poursuivie. La séance du 16 mars marquera une date dans notre histoire financière : depuis plusieurs législatures, la Chambre n’avait pas pris une meilleure résolution.

Voici, en quelques mots, de quoi il s’agit. C’est un principe constitutionnel que l’initiative des lois, de toutes les lois, appartient individuellement aux membres des deux Chambres, aussi bien qu’au gouvernement. Pour les lois ordinaires, soit ; il n’y a rien à dire contre ce principe, et si, dans l’application, il donne lieu à un véritable encombrement de propositions diverses, l’impossibilité où l’on est de les conduire à terme apporte au mal un correctif : son excès même rend cette fécondité stérile. Mais pour les lois financières, ou plutôt pour les lois de dépenses, l’ingéniosité parlementaire a trouvé un moyen sûr de les faire aboutir en les rattachant au budget. La discussion du budget, qui prend ainsi, non pas en profondeur, mais en longueur, des proportions démesurées, devient le réceptacle commun de toutes les propositions susceptibles de se traduire par une augmentation de crédits. Il y en a beaucoup ! Grâce à la fatigue inévitable de la Chambre