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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/71

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opération commerciale, fût-ce un envoi d’armes, faite par un de ses nationaux à ses risques et périls.

Cette distinction semble simple et cependant elle ne résout pas toutes les difficultés. La question est quelquefois très complexe : par exemple, quand on reproche au neutre d’avoir laissé s’organiser sur son territoire, dans ses ports, dans ses eaux territoriales, de grandes livraisons de fournitures faites avec son plein assentiment ou des expéditions militaires dans l’intérêt d’un belligérant. Quand y a-t-il « abus de territoire ? » à quels signes peut-on reconnaître une certaine connivence entre l’Etat et ses ressortissans ? La ligne de démarcation est souvent difficile à tracer.

Les gouvernemens neutres se sont appliqués cette fois, en général, depuis le commencement des hostilités, à pratiquer les devoirs issus de la neutralité. C’est ainsi que, dès la première heure, l’empereur Guillaume, dans un ordre de cabinet aux chefs de corps d’armée, recommanda non seulement aux officiers de l’armée active, mais encore aux officiers de la réserve de ne prendre aucune part à la guerre actuelle. Une note officieuse, publiée le 22 décembre, déclara qu’aucun officier allemand n’avait reçu d’autorisation ni même de congé pour se rendre dans l’Afrique australe. Le 29 janvier, le même gouvernement allemand refusa de transmettre au Président Krüger un chèque de 750 dollars, produit d’une souscription recueillie par un journal allemand de Saint-Louis, aux Etats-Unis [1]. L’empereur Nicolas a refusé formellement au prince Louis-Napoléon, colonel dans l’armée russe, un congé pour aller combattre avec les Boers. Le gouvernement hongrois a, dans les premiers jours de novembre, opposé le même refus à plusieurs officiers de son armée active. Le gouvernement portugais n’a pas laissé franchir la frontière du Transvaal à des soldats portugais qui voulaient se joindre aux troupes des Boers (11 janvier). A la même date, l’Intransigeant annonçait que deux cent onze officiers de l’armée française allaient porter le secours de leur expérience et de leur énergie aux troupes républicaines ; mais il ajoutait que, par-là même, ces hommes avaient perdu non seulement leur qualité d’officiers français, mais encore leur qualité de Français [2]. Tous ces gouvernemens neutres ont témoigné

  1. Il finit par accepter, en stipulant que cette somme serait exclusivement affectée aux familles nécessiteuses du Transvaal.
  2. Comme ayant pris du service militaire à l’étranger sans autorisation du gouvernement français (art. 17 du Code civil).