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l’ouvrage écrit par sir Travers Twiss sur le Droit des gens en temps de guerre, qui résume la jurisprudence des cours anglaises. Le calcul était à moitié juste. M. Crammond Kennedy, l’un des jurisconsultes qui traitent avec le plus d’autorité, aux Etats-Unis, les questions internationales, avoua [1] que « cette réexpédition devrait être réglée par la clause du droit international relative au voyage ininterrompu, ainsi qu’il avait été décidé pendant la guerre de Sécession, notamment dans l’affaire du Springbock. » Mais il atténua singulièrement, dans ses observations, la portée de cette jurisprudence. « L’onus probandi, ajoutait-il, sera, dans ce cas, à la charge du gouvernement anglais. La puissance qui saisit la cargaison est tenue de prouver qu’elle était expédiée contrairement aux règles établies. Si les céréales étaient destinées aux Boers, et que cela fût démontré, le droit de les capturer en pleine mer est indiscutable. » La cour des prises coloniale tâtonna. Le 16 janvier, elle n’avait pas encore relâché les farines, parce qu’elle n’en connaissait pas le propriétaire réel et craignait d’exposer le gouvernement britannique au paiement d’une indemnité, si cette cargaison n’était pas livrée à son véritable destinataire. Les rôles étaient donc intervertis. Puis elle ajourna sa décision au 29 janvier : encore n’a-t-elle rendu ce jour-là qu’un arrêt d’ « avant faire droit, » comme on dit au Palais, autorisant le capitaine à prouver, dans le délai de trois semaines, qu’il n’avait jamais eu l’intention de négocier avec les Boers, préjugeant par-là même qu’il n’y avait pas lieu de prononcer la confiscation [2], et ne la prononçant pas. On pressentait assurément ce dénouement à Washington, car il y avait longtemps que le Président Mac Kinley se déclarait pleinement satisfait.

Un incident encore plus grave s’était produit le 29 décembre. Le steamer Bundesrath, de la Compagnie allemande de l’Afrique orientale, avait été saisi par un vaisseau de la marine royale anglaise et celle-ci se proposait de le détenir à Durban en attendant que la cour des prises eût statué. L’émotion fut vive à Hambourg ; dès le 30 décembre, une discussion très chaude s’engagea dans la Chambre de commerce : M. Eiffe, s’exprimant au nom des maisons en relation d’affaires avec l’Afrique australe, demanda si cette chambre prenait les mesures nécessaires pour la protection du

  1. Télégramme adressé de Washington le 25 décembre au New-York Herald.
  2. Les dépêches du 1er février disent la confiscation « du navire ; » il faut assurément ajouter « et de la cargaison. »