Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/52

Cette page n’a pas encore été corrigée


Le Petit Bleu, de Bruxelles, informa, le 22 janvier, ses lecteurs qu’il avait reçu de Pretoria plusieurs lettres accompagnées d’un curieux document : l’échantillon, taché de sang et de boue, des enveloppes de cartouches anglaises ramassées sur le champ de bataille de Nicholson-Neck, qui portait, imprimés en lettres rouges, les mots « dum-dum n° 2, » la marque des fabriques et l’indication du calibre des cartouches. Les meetings de Saint-Louis et de Minneapolis condamnèrent énergiquement, quelques jours après, l’emploi des balles dum-dum.

Le correspondant du Times à Mafcking a reproché le 26 décembre aux Boers d’avoir employé des balles explosibles. Ce reproche est dénué de fondement [1]. L’Army and Navy Gazette compare précisément la balle Mauser, employée par les Boers, à la balle du fusil anglais Lee-Metford et la déclare plus humaine dans ses effets, parce que son calibre est plus petit et sa vitesse plus grande. Un médecin-major de l’armée anglaise, dans un rapport adressé le 19 janvier à ses chefs sur les blessures reçues par les soldats anglais après un engagement sur les rives de la Tugela, répète encore que ces blessures sont « aussi humaines que possible. »

Il devient difficile aux Anglais, on le conçoit aisément, de soutenir que, fussent-ils liés par la déclaration de Saint-Pétersbourg, ils ne le sont pas dans leurs rapports avec les républiques de l’Afrique australe parce que celles-ci ne l’ont pas signée. En effet, les Boers ne s’arrêtent pas à la question de procédure et se regardent comme astreints par cette règle internationale. L’Angleterre paraît avoir senti qu’elle ferait mieux, dans l’intérêt de sa propre gloire et de sa propre grandeur, de ne pas se retrancher derrière une subtilité juridique sur une question semblable. Une note publiée dans les journaux du 13 janvier avisa le monde civilisé que le gouvernement britannique décidait, par déférence envers la Conférence de la Haye, de cesser la fabrication des balles explosibles et réformait la balle n° 5, éclatant sous le choc, pour employer le type n° 11, c’est-à-dire une balle lisse sans cavité, n’éclatant pas.

  1. Les Anglais avaient insinué déjà, quelques semaines plus tôt, que leurs adversaires employaient des balles dum-dum (Voyez le Journal des Débats du 26 novembre) ; mais cette imputation ne fut pas prise au sérieux.