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Sir Michaël Hicks-Beach y pourvoit par des moyens ingénieux et pratiques. Il demande environ 407 925 000 francs à des impôts nouveaux, ou plutôt à des augmentations d’impôts déjà existans, sur le revenu, sur les bières, sur le tabac, sur les cigares étrangers, sur les spiritueux. La suspension de l’amortissement sur certaines annuités produira 111 500 000 francs. Il restera finalement à faire face à une dépense de 1 milliard 75 millions de francs : mais le Trésor devant renouveler des bons pour 200 000 millions, le chiffre à demander finalement à l’emprunt s’élèvera à 875. Les Anglais, fidèles à leur pratique traditionnelle, n’imputent à l’emprunt qu’une partie, à la vérité considérable, des charges de la guerre. Mais l’emprunt lui-même n’hypothèque l’avenir que pour une durée limitée : il devra être remboursé en dix ans.

Tel est le projet que le chancelier de l’Échiquier a soumis au parlement : il a été voté sans la moindre difficulté. La presse l’avait critiqué assez vivement ; mais, à la Chambre des communes, il n’y a guère eu d’autres réserves que celles qui ont été faites par les Irlandais, et à la Chambre des lords, il n’y en a pas eu du tout. L’Angleterre est assez riche pour payer ce qu’elle peut, si cela lui convient, appeler sa gloire. Toutefois, s’il est douteux que le crédit que le Parlement vient de voter soit suffisant pour couvrir les frais de la guerre africaine, il le sera encore plus pour couvrir les frais bien autrement lourds que ne manquera pas d’occasionner par la suite la politique impérialiste, si brillamment inaugurée par M, Chamberlain. Dans la voie où elle s’engage, l’Angleterre doit s’attendre à recourir souvent à sa bourse et à y puiser largement et profondément. Ce pays, que l’on présente volontiers comme pacifique a déjà inscrites à son budget ordinaire des dépenses militaires supérieures aux crédits qui figurent pour le même objet dans les budgets des autres puissances, y compris celles qui ont souvent fait la guerre et qu’on a, dès lors, l’habitude de représenter comme belliqueuses. Rien ne coûte à l’Angleterre pour entretenir et pour fourbir pendant la paix le plus redoutable instrument de guerre qui existe au monde. Son armée de terre et sa flotte réunies lui coûtent chaque année sensiblement plus de 1 milliard : — l’armée de terre entre dans ce chiffre pour 500 millions de francs, et l’armée de mer pour 601 700 000. — Il n’y a pas un autre pays qui fasse de pareils sacrifices, car l’Allemagne, — si on ne tient pas compte, à la vérité, des dépenses exceptionnelles qu’elle consacre au développement de sa flotte et qu’elle se propose encore d’augmenter, — a un budget militaire qui s’élève à 680 et quelques millions, et qui, en y