Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/461

Cette page n’a pas encore été corrigée


Revues étrangères – L’apostolat d’un nihiliste russe


Memoirs of a Revolutionist, par le prince P. Kropotkine, 2 vol., Londres, 1900.


« A connaître de plus près les révolutionnaires, Nekhludov s’était convaincu qu’ils n’étaient ni de ténébreux malfaiteurs, comme le croyaient certaines personnes, ni non plus de parfaits héros, comme l’imaginaient d’autres personnes, mais simplement des hommes ordinaires, parmi lesquels se trouvaient, comme partout, des hommes bons, d’autres méchans, et une majorité d’hommes médiocres. » Ces paroles du comte Tolstoï, dans la troisième partie de Résurrection, pourraient servir d’épigraphe aux deux gros volumes de Mémoires autobiographiques que vient de publier un des plus considérables entre les révolutionnaires russes de notre temps, le « compagnon » et prince Pierre Kropotkine. Non que l’homme qui se montre à nous dans ces Mémoires fasse partie de la « majorité d’hommes médiocres » dont parle le comte Tolstoï. Il ne manque ni d’intelligence, ni de savoir, ni même d’un certain talent littéraire : tout au plus manque-t-il un peu d’imagination et de fantaisie, ce qui ne laisse pas de rendre parfois fatigante la lecture de son long récit. Et ce n’est pas non plus, assurément, un « méchant homme. » On le sent au contraire tout rempli des meilleures intentions, généreux et désintéressé, passionnément dévoué au bonheur futur de l’humanité ; et l’on sent que pour personne au monde il n’a l’ombre de haine ou de rancune, sauf peut-être pour quelques policiers, et peut-être aussi pour les Jésuites, qu’il paraît avoir surtout appris à connaître dans le Juif Errant d’Eugène Sue ; car, dès qu’il