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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/459

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Fourchambault contracte un mariage légitime ; il est bien puni de cette mauvaise action ; sa femme est dépensière et ne cesse de lui reprocher la dot qu’elle lui a apportée ; ennemi de la lutte et d’humeur débonnaire, M. Fourchambault n’est pas le maître chez lui ; sa fille est une perruche et son gendre sera un serin ; son fils est un paresseux qui ne s’occupe qu’à s’amuser ; victime de sa candeur et des prodigalités de Mme Fourchambault, M. Fourchambault est complètement ruiné. Ces deux intrigues ne sont pas seulement des intrigues parallèles ; elles se rejoignent, puisque ces deux familles sont les familles illégitime et légitime de M. Fourchambault, qui fut le séducteur de Mme Bernard. Le hasard est si ingénieux, et il y a dans la vie des concours de circonstances si bizarres que le fils naturel se trouve sur le chemin de son père juste à temps pour le sauver de la faillite, et en présence de son frère tout exprès pour recevoir de lui un soufflet et y répondre par un mot héroïque. Tout cela est d’une invraisemblance criante. Cette invraisemblance nous choque aujourd’hui, parce que nous sommes devenus en fait de réalisme plus exigeans qu’on ne l’était il y a vingt-cinq ans. Nous nous souvenons en outre qu’on crut jadis découvrir dans cette pièce des intentions morales et qu’on lui attribua quelque valeur au point de vue de la réforme des mœurs. Comme Dumas, Emile Augier se faisait l’avocat des filles-mères et des enfans naturels. Mais quelle portée peuvent bien avoir des argumens pris si fort en dehors de l’ordre commun ? S’il a voulu combattre ici un préjugé social, Augier s’y est pris avec beaucoup de gaucherie et il n’a guère réussi. Mais, d’ailleurs, c’est un élément d’intérêt qui a tout à fait disparu de la pièce. Il ne reste qu’un drame romanesque, sentimental, où l’auteur, afin de piquer la curiosité de son public, s’est amusé à combiner des événemens extraordinaires, arranger des coïncidences surprenantes et tenir une espèce de gageure. Il s’est tiré à son honneur de cette partie difficile, parce qu’il possédait une remarquable entente de la scène. Dans cette fable qui amuse précisément par ce qu’elle a de violemment invraisemblable, Augier, par surcroît, a fait tenir des parties d’observation, des silhouettes indiquées d’un dessin superficiel et juste. Les acteurs de l’Odéon jouent presque tous « à côté, » surtout M. Chelles, qui par sa bonhomie dénature complètement le rôle de Bernard. Mme Marie Magnier est amusante dans son rôle de bourgeoise vaniteuse. Cette médiocre interprétation répand sur toute la soirée une teinte terne et grisâtre.

Une femme entretenue qui trompe habituellement son protecteur