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des appareils de chauffage et des tuyaux évidemment innocens puisqu’ils avaient été l’objet d’une communication administrative transmise par la voie hiérarchique. Il est bien exact que le rideau de fer n’était pas baissé, ce qui a permis à l’incendie de se propager dans la salle : mais, ainsi que M. le Ministre de l’Instruction publique l’a déclaré sérieusement, si ce rideau n’était pas baissé c’est qu’il ne devait pas l’être : « A la Comédie-Française, il est baissé, dès que la représentation est terminée pour faciliter l’isolement en cas d’incendie survenant la nuit. Il est levé un certain temps avant la représentation, pour permettre aux électriciens de s’assurer du bon fonctionnement des lampes et pour aérer la salle. C’est pour ces raisons qu’il était levé au moment du sinistre. » Voilà qui est net. C’est la nuit que les incendies doivent se produire ; quand ils éclatent pendant le jour, c’est une irrégularité et il n’y a pas lieu d’en tenir compte. Il est bien exact qu’il n’y avait pas de pompiers dans le théâtre ; mais c’est qu’il ne devait pas y en avoir. Le service de surveillance des pompiers en dehors des représentations a été supprimé : le feu ne doit prendre normalement que lorsqu’il y a des spectateurs dans la salle. Le Théâtre-Français n’en a pas moins brûlé ; mais nous avons la satisfaction de savoir que ce n’est la faute de personne. Il n’y a eu de négligence d’aucune sorte. La Fatalité a fait tout le mal. Le feu est seul coupable. Il est d’autant plus coupable que la veille même, par une instructive coïncidence, la Commission des théâtres avait déclaré qu’il n’y avait rien à craindre et que le feu ne prendrait pas. Le feu a pris malgré l’avis de la Commission, tel est le fait acquis. Infatigable, cette Commission, qui fonctionnait la veille de l’événement, s’est remise à fonctionner le lendemain. N’est-ce pas Molière qui fait dire à un de ses ineffables médecins : « Il faut que je me rende à une consultation qui se doit faire pour un homme qui mourut hier… ? » — Nous assistons donc, ainsi qu’après chaque catastrophe, à la répétition du même cérémonial : enquêtes, rapports des commissions qu’on appelle « compétentes, » congratulations réciproques, et nous subissons toute cette rhétorique où se mêle à l’émotion la plus véritable le désir, sincère, lui aussi, de rejeter de l’un sur l’autre des responsabilités qui vont se perdre à l’infini. Et la leçon qui ressort avec évidence est toujours la même : c’est que les prescriptions, admirables sur le papier, sont dans la réalité illusoires, faute d’être observées, que personne n’est à son poste, et que le vrai nom de la fatalité, c’est l’incurie.

Archives, œuvres d’art, tableaux et manuscrits, on a réussi à sauver à peu près tout. Grâce à d’obligeans concours, la troupe de la